page



DÉGRAT
- 145 -
DÉHALER (SE)

n'avons rien gagné (en vitesse); ils sont toujours en ligne avec nous»; «Ça ne peut pas durer, reprit le en tête; nous ne seront jamais capables de les dégrader. Ils sont trop nombreux contre nous»; «À la chasse, on n'abattait pas le gibier, on le dégradait». (CLAPIN, Préface [du Dictionnaire canadiens-français]).

   DÉGRAT ou DÉGRAD. Terme de marine: «Aller en dégrat, c'est aller faire la pêche à la morue». (BARBEAU, Anecd[otes populaires du Canada, Journal of American Folklore, vol. 33, no 129, 1920].); «À Terre-Neuve, c'est le lieu, en dehors d'un havre, où l'on envoie les embarcations à la recherche de la morue». (Dict[ionnaire] de B[onnefoux] et P[aris], [Dictionnaire de marine à voiles et à vapeur]); «Il y a une petite Isle devant, ou les pêcheurs de Gaspé viennent faire leur dégrad pour trouver la morue». (DENYS, Description [géographique et historique des costes de l'Amérique septentrionale], vol. I, p. 234); «La première journée le poisson que l'on porte au dégrad demeure dans le sel». (Idem, vol. II, p. 199); «Qu'on s'imagine voir un pont de bois bâti sur terre, avec de gros arbres fichés bien avant, du côté de l'eau; sur leurs extrémités d'autres pièces de bois de travers bien emboîtées; qu'on se représente le même ouvrage moins haut du côté de terre, parce qu'elle était en talus, et sur tout cela de jeunes sapins assez longs pour porter sur les deux côtés, pareillement arrangés l'un contre l'autre, et bien cloués par les deux bouts sur les pièces de bois qui les soutiennent, et on saura ce que c'est que cette machine que les pêcheurs appellent un dégras. On étend la morue dessus, etc.» (DIÈREVILLE, p. 31).
   Un bateau de pêche est en dégrad (ou dégrat) quand il quitte le port où le navire est ancré pour aller pêcher sur d'autres fonds.
   Dans le Supplément de Littré, degrat est donné comme «synonyme de
débarquement». C'est plutôt l'endroit où se fait le débarquement.
   Faire le dégras s'est dit pour se décharger le ventre dans la vieille langue: «Parce s'ore avez vos degras. / Et se vostre panne est or plaine». (Roman de Renart, v. 20568). Il y a, à Arichat, au Cap-Breton, Nouvelle-Écosse, le Grand et le Petit Dégrat.

   DÉGREYER. Dévêtir. C'est un terme de marine: Dégreyez-vous, enlevez vos effets; Dégreyer la table, c'est la débarrasser, le repas terminé.
   On a dit, originairement, dégreyer un navire pour: en enlever tout le gréement.

   DÉGRUCHER. Dégringoler, descendre précipitamment. On dégruche d'un arbre où l'on était gruché. Faire dégrucher quelqu'un, c'est le faire descendre prestement de l'endroit où il était perché: «Si j'avais mon arbalestre, je te feroye bien desgrucher». (Rapporté par La Curne [de Sainte-Palaye]); «Pour l'ennemy du rampart décrucher». (RONSARD, La Franciade, liv. II).

   DÉGUIÈNER. Déguerpir, se sauver à l'épouvante.

   DÉHALER (Se). Se traîner misérable-ment: Je peux à peine me déhaler, tant je suis à bout de forces. Radical: haler. Terme maritime d'origine scandinave. Pierre Loti emploie le mot dans Pêcheur d'Islande. Il est dans Nicot et dans les grands dictionnaires contem-porains. Cotgrave nous dit qu'un cheval deshalé signifie: «Out of heart or tyred out»; Déhale-toi se dit pour: Remue, hâte-toi. Je ne me remets plus le nom de l'auteur de ces vers: «Brise du matin, sois-nous favorable, / Lorsque nous aurons viré notre cable, / Déhalé du fond notre ancre de fer / Et, voiles au vent, mis la cap en mer»; «Mes li asmes si chargiés fu / Que li ne pot avant aler / Pour batre ne pour déhaler». (Cité par Godefroy).




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.