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DÉPEINTURÉ
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DÉRAPER

ployé qu'au figuré par les écrivains d'aujourd'hui.

   DÉPEINTURÉ. Dont la peinture est effacée: «Je vis, couché sur un cordon de varech, verdâtre une épave minuscule, un tout petit bateau d'enfant, dépeinturé et noirci...». (MARIE-VICTORIN, [Croquis laurentiens], «Anticosti»); «Vostre esai qui est tout despeinturé». (Améri de Beaulande, cité par Godefroy)

   DÉPENSE. Consommation, usage: J'ai assez de blé pour ma dépense. Nous disons: les dépenses de la maison, pour la dépense.

   DÉPIÉTER. Enlever le pied: Dépiéter un bas pour le rentrayer (voir ce mot).

   DÉPITER (Se). S'agiter rageusement. C'est à peu près le sens que le mot avait dans l'ancienne langue. L'Académie lui donne un sens quelque peu différent: «Je dépite, je crève. Je brusle, je me meurs, je raffole, j'endève!» (Ancien Théâtre fr[ançais], VIII, p. 44). [D']Aubigné donne a dépité le sens d'irrité.

   DÉPLANTER. Au figuré, faire tomber, abattre, terrasser: Je l'ai déplanté d'un coup de poing; déplanter une pièce de gibier d'un coup de fusil.

   DÉPLEYER. Déplier. Des trois formes de ce mot: déplier, déployer et dépleyer, aussi épelé déplayer, la langue officielle a conservé les deux premières; l'acadienne [a gardé] la dernière à laquelle elle donne toutes les significations des deux autres. Le roman avait desplayer: «Senz despleir au vent banière». (Roman de la Rose, v. 11144), et encore: «Tant sont merveilleus e fières... / Qui les leur voudroit despleir». (v. 18290).

   DÉPLUCHER. Éplucher.
   DÉPLUMÉ. Au figuré, se dit pour chauve: Il est tout déplumé; il n'a plus de cheveux.

   DÉPRIER. Contremander une invitation. C'est un mot conservé de l'ancienne langue. (voir prier).

   DÉRAILER ou DÉRAILLER. Les deux formes du mot ont été prises de l'anglais rail. Celle de l'Académie prête à équivoque; la nôtre, non. Dérailer, c'est sortir des rails; dérailler rappelle le mot railler.

   DÉRALINGUER. Terme de marine signifiant enlever les ralingues. Se dit au figuré par les marins de France pour: devenir fou, perdre la trimontane.
   À terre, le sens du mot s'est étendu. Nous disons: Sa roche est toute déralinguée pour toute effilochée.

   DÉRANGEMENT. Grand bouleversement. Les Acadiens ont appelé le Grand Dérangement leur déportation violente de l'Acadie en terre étrangère par les Anglo-Américains en 1755.

   DÉRANGER (Se). Sens particulier: boire un peu plus que de raison sans toutefois, se soûler: «À chaque danse c'était la coutume de prendre un petit coup. On en prenait peu, pour ne pas se déranger». (BARBEAU, Anecdotes [populaires du Canada, Journal of American Folklore, vol. 33, no 129, 1920]); «Jamais il ne fit une telle dissipation. On est quelque fois dérangé; mais de s'abîmer et de s'enfoncer à perte de vue, c'est ce qui ne devrait point arriver». (SÉVIGNÉ, Lettres, IX, 436). Nous disons aussi: Il a l'esprit dérangé; Il est un peu dérangé pour il est détraqué, il est un peu fou. Se dit aussi en France pour avoir la diarrhée.

   DÉRAPER. Se dit d'une ancre qui se détache, se décolle du fond. C'est le contraire de raper.
   On trouve ce mot marin dans les




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.