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DI
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DIRE

   DI. La syllabe di, suivie d'une voyelle, se mouille en Acadie et donne un son que l'alphabet français est impuissant à reproduire. Ce son, rendu par dji dans les écritures: djieu, djeable, djamant, n'est pas fidèlement rendu, mais c'est le plus approchant que notre clavier alphabétique puisse émettre. On trouve dans les Conférences: Guimant, guibe, guieu, agieu, pour diamant, diable, Dieu, adieu. Aussi jarnigué, pour [j']r'nie Dieu.
   «Mon Dieu! Je n'avons pas étugué comme vous, et je parlons tout dreit comme on parle cheux nous», dit Martine, paysanne, dans Les Femmes savantes de Molière. Étuguer, c'est étudier.
   «Le di, le gui, le qui, le ti, se ressemblent souvent, au point de se confondre». (CORMEAU, Les Terroirs Mauges, [miettes d'une vie provinciale]), c.-à-d., dans les provinces du centre de la France. Ceci peut s'appliquer aussi bien au parler acadien. Cette manière de prononcer semble remonter au celtique.

   DIABLANT. Embêtant, endiablant.

   DIEU (Le bon). C'est ainsi que nous disons toujours, en parlant de Dieu: Le bon Dieu.

   DIFFÂMER. L[e] â est long et prend un accent circonflexe. C'est ainsi qu'on le trouve épelé dans Ménage et qu'il se prononçait dans la vieille langue. L'Académie écrit diffamer.

   DIFFIGULTÉ. Difficulté. C'est le c se virant en g, comme il arrive pour plusieurs autres mots. Les Berrichons et les autres paysans du centre de la France disent comme nous.

   DÎME. S'entend également pour une fraction quelconque, une très petite quantité: Ceci n'est pas la dîme de ce que ça vaut. Les Anglais appellent dime (prononcé daîme) leur plus pe-
tite pièce de monnaie. Les paroissiens de l'empremier payaient à leur curé le dixième des produits de leur terre, d'où le mot dîme. Ceux d'aujourd'hui, en Acadie, au moins, ne paient que le 26e, mais c'est toujours la dîme.
   «De son orguel ke dirions? / Le disme dire n'en pourrions». (Dolopathos).

   DINDE. Subst. masc. Le mot est masculin, un dinde, parce qu'il y a coq de sous-entendu: un coq d'Inde. Il y avait aussi la poule d'Inde, originairement, d'où le féminin académique une dinde.
   Victor Hugo s'est souvenu de la première manière de dire, quand il a écrit: «L'oie admire le dinde et l'on se congratule». (Toute la Lyre, L'Art). Le véritable masculin de dinde est dindon.

   DÎNER. Il paraîtrait que dîner, anciennement disner, et déjeuner auraient le même radical et signifieraient, l'un et l'autre, rompre le jeûne.
   Le dîner était le repas du matin, empremier: «Ne porte od sei (avec soi) ne pain, ne vin / Dunt il se digne (dîne) a cel matin». (Vie de s[aint] Gilles, v. 1247-8).
   Nous déjeunons le matin; dînons à midi (à l'heure de l'angelus) et soupons le soir, à six heures.

   DIRE. Je dis, tu dis, il dit, vous disez. Voici comme nous conjuguons ce verbe. L'Académie conjugue: Vous dites, ce qui fait que nous commettons un solécisme, sorte de péché mortel grammatical, chaque fois que nous conjuguons vous disez.
   Mais au mot contredire (dire contre, dire le contraire), la même Académie déclare qu'il faut dire: «à la seconde personne du pluriel du présent de l'indicatif: Vous contredisez, et à l'impératif, contredisez». Il en est de même de dédire, qui donne, selon la même autorité suprême, dédisez au présent de l'indicatif et aussi dédisez à l'impératif.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.