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DRAM
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DRILLER

   DRAM. Subst. masc. (M sonore). Petit coup d'eau de vie. Le latin a drachma, dose légère; mais nous avons pris ce mot directement de l'anglais. Chez les Normands un dram (m sonore) se dit pour une prise de tabac.

   DRAPEAU. Langes d'enfant. Drapeau ou drapel, comme on disait dans l'ancienne langue, est le diminutif de drap, une petite pièce de drap: Mettre un drapeau à un enfant; lui ôter son drapeau; le changer de drapeau. Les Berrichons, les Poitevins, disent comme nous.
   Nous trouvons partout, dans l'ancienne langue, ce mot avec la signification de lange: «Pour enfants faut bers et drapiaux». (DESCHAMPS, [Poèmes], Ballade, vol. VIII, p. 138); «Où nourrisses essangent leurs drapeaulx». (VILLON); «Drapieaux en quoy nostre Seigneur fut enveloppé en estable, quand il fu né». (Chroniques de S[aint]-Denis); «Il l'enveloppe de langes et de petits drapeaux». (AMYOT); «Nous éplucherons maintenant les linges et drapeaux auxquels ils emmaillotent les âmes endormies». (CALVIN, Inst[itution de la religion chrétienne], p. 64); «Quoi donc, Colin, ne sais-tu pas / Que Dieu vient de naître ici-bas? / Qu'il est logé dans une étable? Il n'a ni lange ni drapeau, / Et dans cet état misérable / On ne peut voir rien de plus beau». (Vieux Noël).
   En Normandie, quand on veut railler un garçon qui veut faire l'homme, on lui dit qu'il porte encore le drapet au cul.
   Drapeau s'est dit aussi pour chemise dans l'ancienne langue et pour lange à pansement. On trouve le mot dans la Chirurgie de H. de Mondeville.
   Dans l'argot des francs-maçons, il signifie serviette.
   Les Acadiens ont un autre drapeau depuis 1883, leur drapeau national, choisi librement en un congrès plénier. C'est le drapeau tricolore de France avec une étoile piquée dans le bleu, le Maris Stella de leur patronne. Tous les ans, le 15 août, fête de l'Assomption,
ils l'arborent, ce drapeau, et le promènent sous les yeux de leurs concitoyens de langue anglaise qui ont appris à le respecter.

   DRÈS, DRÈS QUE. Dès, dès que: J'irai drès demain matin; Drès qu'il commencera à faire chaud, vous débaucherez (voir ce mot); Je sus parti drès qu'il m'a remplacé.
   C'est un archaïsme emprunté au roman. On le trouve partout dans la vieille langue: «Mieux vaulsist (eut valu) que très (probablement une erreur du copiste pour drès) la première fois il eut été condamné à toujours en prison». (FROISSART); «Drès le matin, quand je m'esveille / Jouvre la goule avant les oïls, / Et je recours à ma bouteille / Qui me rend le teint si mervoils». (Ancienne chanson normande); «Demain, drès le matin». (SAND, François le Champi); «Drès que le jour luisit». (5e Conférence); «Je vois beaucoup de personnes qui sont en cette prononciation: Drès que je serai en état». (MARGUERITE BUFFET, [Nouvelles] observations [sur la langue françoise], XIIe siècle.

   DRESSOUER. (Prononcé dresssoué) [plutôt dorsoué]. Dressoir. C'est un mot ancien. L'Académie n'a recueilli dressoir qu'à sa dernière édition.
   «Coffre très beau, coffre mignon. / Coffre du dressouer compagnon». (CORROZET, Les Blasons domestiques).

   DRIGAIL aussi ADRIGAIL. Fatras, effets, ensemble d'objets sans valeur: Il est venu avec tout son drigail.
   Expression courante dans les départements du centre de la France.

   DRILLER. De l'anglais to drill; faire l'exercice militaire; entraînement. Le mot est passé dans la langue, et chez les Acadiens et chez les Canadiens.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.