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ÉCOUTE (FILER À GRAND)
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ÉCUREAU

commencement du XVIIe siècle, fait changer en -ais les finales en -ois des noms propres. C'est à cette époque que François est devenu Français et Écossois, Écossais. Henri Estienne s'opposa vainement à ce changement. Il est resté dans la langue: Chinois, Hongrois, Danois, Suédois, Nimois, etc.
   «Je feuilletais... deux livres écossois». (MONTAIGNE). Certaines de ces terminaisons en -ois persistaient encore au temps de Racine: «Va, je t'acheterai le Praticien françois; / Mais diantre il ne faut pas déchirer nos exploits». (Les Plaideurs, acte II, scène III). La Fontaine fait rimer François (Français) avec emplois. Aubigné parle de «l'Écossois valeureux». Les deux formes sont restés dans François (nom de saint), et Français (nom du peuple).

   ÉCOUTE (Filer à grand). Terme marin; s'emploie, à terre, au figuré, pour quelqu'un qui dévalle grand'erre.

   ÉCOUTER. Se dit aussi pour obéir. Parlant de son fils, un père dira: C'est un bon garçon, il m'écoute bien. Ou encore: Cet enfant devrait être fouetté; il n'écoute pas. Il y a un peu de cela dans ces vers [de la Cantilène de sainte] Eulalie: «Elle n'ont eskoltet les mais (mauvais) conseillers».
   L'Académie constate à peine ce sens d'écouter qui, pourtant, a cours en France comme ici. Les Latins entendaient parfois le verbe audire comme nous entendons écouter. On trouve dans Plaute: Dicto sum audiens, j'écoute, c'est-à-dire j'obéis.

   ÉCRAPOUTIR. Écraser; mettre en bouillie, grémir, mâcher (voir ces mots). Les paysans de France connaissent cette expression.
   On dit : écabouir et égobouir dans le Maine; escarbouillir en Berri et écrabouillir. On trouve écravente dans les 100 Ballades.
   «Alors Jupiter du traict de sa tempeste Aux géants aveuglés escar
bouille la teste». (RONSARD, [La] Franciade, VI, 141); «Car, en la renversant sur la troupe ennemie, / Il en escrapoutit une bende et demie». (Rapporté par Godefroy).

   ÉCRASER. Se dit aussi, absolument, pour s'affaisser: Il écrasa devant moi.

   ÉCRÉANCHÉ. Tordu, difforme: Cette chaise est toute écréanchée. Entendu aux Îles-Madeleine.

   ÉCRÉMAGE. Action d'enlever la crème qui se forme sur le lait.

   ÉCRIN. Petit compartiment dans un coffre où l'on met l'argent et les objets précieux. À l'Académie, l'écrin est un petit coffret.

   ÉCRIT (Un mot d'écrit). Un mot d'écrit, c'est une lettre, un billet: Envoyez-moi un mot d'écrit aussitôt que vous serez arrivé chez vous.

   ÉCUMOIRE. Est du genre masculin, comme en vieux fr[ançais]. L'Académie le donne comme féminin. Au figuré, c'est un visage fortement marqué par la picote (petite vérole).

   ÉCURAGE. Récurage. Action d'écurer, par exemple, une étable.

   ÉCUREAU. Écureuil.
   Les Canadiens disent écureux, comme dans le Roman de Renart: «Rousselez li Escureus».
   Le vieux fr[ançais] avait escurel, escureil, escuriel, escurol, escuroil, escurieu.
   Champlain (liv. I, chap.) parle d'escurieux volants (Sciuroptère). Jacques Cartier rapporte qu'il y a (à l'Île-des-Oiseaux), «force lièpvres, counins, martres, regnards, escureux, rats, lesquels sont gros à merveille». Rabelais dit escurieulx; Marot, escurien; Palsgrave escureul et escuireau. Comme on voit, il y en a pour tous les goûts: «En son nid l'escurieu,




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.