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ÉLONGER
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EMBARDEUX

rait le voir descendre, tout rayonnant, de helios, le soleil, l'Apollon des Grecs, poser son pied lumineux sur Marseille, colonie Lellénique, et de là répandre ses rayons sur la Provence et tout le centre de la France. Ménage le fait venir de elucia, formé sur elucere. Cette filiation directe est mal aisée à établir à cause du i de elucia qui est bref, aussi bien que l[e] e de elucere.
   Ce qui est certain, c'est que helios, elucere, éloëse sont de la même famille. On a dit dès l'origine helion pour éclair, et éluer pour jeter des éclairs.

   ÉLONGER. Allonger: élonger des manches de chemises; élonger les traits d'un harnois; élonger son chemin.
   Aussi, étendre par terre: Je l'ai élongé d'un coup de poing; Il s'est élongé de tout son long sur la glace; Élongez-vous sur la pelouse.
   Élonger un coup de pied à quelqu'un, c'est lui donner un coup de pied quelque part: Recule-toi, ou je t'élongerai ma main dans la face; Élonge-moi le beurre, c'est passe-moi le beurre; En partant, il lui a élongé une piastre: tendu, donné discrètement.
   Élonger est le même mot qu'allonger. La voyelle a s'étant muée en e, devant la liquide l.
   On trouve dans l'ancienne langue: «Il est pooir (pouvoir) de nous eslonger nos vies». (JOINVILLE); «Que vous élongeroie-je la matière?» (FROISSART); «Tant s'eslonge il qu'il m'en souvient». (VILLON); «Nul ne faingnoit à eslongnier sa lance, a faire son espée flamboier». (Perceval); «Il a fait tant qu'il eslonge ce cruel assault». (La Fille du comte de Pontieu, XVe siècle). Ici élonger signifie prolonger.
   Souvent élonger s'est dit, dans la vieille langue, pour éloigner, s'éloigner, comme dans ce passage de Froissart: «Et tantôt élongèrent la place où ils avaient geu à l'ancre». Et dans cet autre de La Fille du comte de Pontieu: «Estre eslongée me faudra».
   La langue maritime a conservé la forme élongé: Élonger un câble, c'est l'étendre; élonger une ancre, la porter quelque part.

   ÉMARMELÉ. Meurtri. Une personne est émarmelée quand elle se sent brisée pour avoir été trop fortement secouée. Être émarmelé, c'est être en marmelade.
   En roman, amermar signifie diminuer, amoindrir. Le vieux français esmarmeler avait à peu près la signification qu'il a aujourd'hui en Acadie, quoique Godefroy traduise le mot par s'effrayer.
   Lacombe, dans son dictionnaire, donne à esmarmeter pour émarmeler le sens d'anéantir, éteindre. L'expression, selon toutes les apparences, nous vient d'Espagne.

   EMBACLER (S'). S'empêtrer: «Pour geuz embacler» (tromper). (Roman de la Rose).

   EMBARDÉE. Entreprise hasardeuse, chimérique, emballement: prendre des embardées; Il a pris une mauvaise embardée. Barder s'est dit, en France, autrefois, pour jeter à côté; «Le vent nous a bardés contre une pile du pont». (VERRIER [et ONILLON], Glossaire [des patois et des parlers] de l'Anjou).
   Aux Îles-Madeleine, faire une embardée, c'est faire un coq-à-l'âne, un écart de parole, dire des balourdises emphatiques. Embardée est un terme marin, se rattachant à bordée ou, peut-être, à embarquer. Nous lisons dans Saint-Simon: «Charost se laissa embarquer dans une folle aventure».

   EMBARDER (S'). S'engager dans une sotte entreprise, dans une aventure. Comme embardée, c'est un terme marin.

   EMBARDEUX. Qui prend des embardées.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.