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EMMÈCHÉ
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EMPATTER

   EMMÈCHÉ. Demi-ivre, pris de boisson, bu.

   EMMULERONNER ou EMMULONNER. Mettre du foin, de la paille en muleron (voir ce mot). On disait en vieux français emmulonner pour mettre en mulon. Emmulonner et emmuleronner,
mulon et muleron, sont les mêmes mots.

   ÉMOUVER (S'). Se remuer, se hâter. L'anglais a to move (prononcé mouve), mais notre mot doit appartenir plutôt à l'ancienne langue. C'est de là que les Anglais, comme nous, l'ont pris: Allons, émouve-toi.

   ÉMOUVERIE. Décision subite; impulsion: Il lui a pris une émouverie d'aller tendre ses filets là où on ne prend jamais rien.

   ÉMOYER (S'). S'informer, s'enquérir avec sollicitude: Si vous allez voir mon père, émoyez-vous de sa santé; Il y a longtemps que je ne suis pas allé vous voir, mais je me suis émoyé de vous bien souvent.
   Émoyer est un mot d'origine germanique, esmoyan, qui se rattache au latin emovere, d'où émouvoir est sorti. C'est peut-être à cause de sa provenance que l'Académie ne l'a pas accueilli. Il avait cours pourtant, au commencement du XVIIe siècle. Cotgrave l'a relevé: «S'émoyer de: Ernestly to ask or inquire». Il est resté dans la langue dialectale de France: «Je m'émoyais souvent de vous». (CHS PAILLOT, Dialogue en langage du Bas-Poitou). On trouve le mot s'esmoier dans le recueil Les Chansonniers de Champagne.
   Émoi est la forme picarde, émai la forme bourguignonne. Apparenté à l'anglais dismay.
   En vieux français, esmaier, esmoier, s'est dit aussi, s'il faut en croire certains commentateurs, pour s'inquiéter. Cette glose est douteuse. Le mot avait plutôt en vieux français, le sens qu'il a aujourd'hui, en Acadie, s'enquérir
avec sollicitude. Marot a dit (Epistre au Dauphin): «Mais je vous prie mon sauve conduit ayons, / Et de cela plus ne nous esmayons». Esmayons peut être pris ici dans le sens d'inquiétons. «Elle (Catherine de Médicis) s'émaya à quoi pouvait tendre tant de menées». (BRANTÔME); «L'éphore... ne s'esmoie pas si elle en vaut mieux». (MONTAIGNE, Essais, liv. I, chap. XXII).
   Thibaud a esmiance pour agitation, inquiétude. On trouve aussi esmayable pour inquiétant.
    «Les vrays mesques estant arrivez au logis... s'esmoient qui avaient serré l'argent». (Rapporté par Godefroy); «Et que par un tel changement elle eust peur du roy... qu'il ne leur mesadvint, et songea et s'esmaya à quoi pourroient tendre tant de menées». (BRANTÔME, [Vies des dames illustres], «Catherine de Médicis»). Ménage dérive esmayer de emoveo.

   EMPAQUETAGE. Emballage, action d'empaqueter.

   EMPARESSER (S'). Rendre, devenir paresseux. Le vieux français disait s'apparesser dans le même sens.

   EMPARQUER. Enfermer dans un parc. Ce mot appartient à la vieille langue.

   EMPATTEMENT. Action d'empatter; empiètement. Le mot est entré dans la langue maritime, avec empatture. Les architectes de France l'ont recueilli.

   EMPATTER. V. n. Empiéter, déborder. Empiéter, c'est proprement mettre le pied dans ou sur une autre chose; empatter, c'est y mettre la patte. Empatter est antérieur à empiéter, mais empiéter, qui a pour parrain pied, du latin pedes ou pedem, a prévalu sur empatter, qui a patte pour ancêtre, terme d'origine celtique ou tudesque, plébienne et obscure, en tout




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.