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EMPLIR
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EMPRÈS

sera bien employé». (MOLIÈRE, George Dandin, acte I, scène VI). «Disait... que bien estoit employé le mal qu'elle souffrait». (LA TOUR).

   EMPLIR. Féconder. On donne le même sens à ce mot en Berri et en Touraine.
   Au figuré: N'essayez pas de m'emplir, à me faire croire des choses qui ne sont pas; ne me contez pas de sornettes. Expression vulgaire.

   EMPOUGNER. Empoigner. Nous disons pougne pour poigne: «Car le corps en tombant des deux bras l'empougna». ([D']AUBIGNÉ, [Les Tragiques], «Les Fers»). Et ailleurs, du même auteur: «Il vint pour empougner les places de son père».

   EMPREMIER. Autrefois, jadis, au commencement. Se compose de en premier, mais comme lendemain, autrefois, désormais, maintenant, naguère, adieu, etc. peut s'écrire en un seul mot.
   Cette expression est très courante, parmi nous: Empremier, le monde était meilleur qu'aujourd'hui; Je l'ai connu empremier; Ça se faisait comme ça, empremier.
   Le vers si connu de Villon: «Mais où sont les neiges d'antan?» se dirait en Acadie et aussi élégamment: mais où sont les neiges d'empremier? (sauf la mesure métrique).
   Nous disons aussi: sur l'empremier, dans l'empremier. C'est le in principio de l'Évangile selon saint Jean.
    «Mels vay et cort de l'an primyer». (Fragment du [Roman] d'Alexandre, v. 75); «En l'instrument fait les cordes chanter. / Tout ensi cum en vous l'aveit dit en premier». (Chanson de Horn [et Rimel]).
   L'idée de commencement, de temps passé est rendue de mille manières par les auteurs d'empremier. Thibaud retranche la préposition en de en-premier. Plusieurs de ses contemporains faisaient comme lui: «Tout ce en Bretagne apparut / Quand premier la
guerre y esmeut». (GUILLAUME DE SAINT-ANDRÉ, Chronique, v. 104); «Quand premier la guerre y esmeut. / Dans le verger». (RONSARD, Amours, liv. I); «Quand premier je vous vis». (MÉNARD, commencement du XVIIe siècle). Ici, premier, s'entend pour la première fois.
   Quelquefois, c'est primes que l'on disait ou primerain: «Li venino est soef en primerain point, le venin est doux au commencement». (JUBINAL, [Nouveau recueil de contes dits] fabliaux [et autres pièces inédites des XIIIe, XIVe et XVe siècles]).
   On disait également au premier, au dernier: «Pour m'égayer l'esprit ces vers je composais, / Au premier que je vis les murs des Rochellais». (LESCARBOT); «Quand au premier la dame que j'adore». (RONSARD, Amours, liv. I); «Mais au dernier il en eut pauvre guerdon» (récompense). (FROISSART); «Et disoit en son premier: Ci me tient li maus (le mal) d'amor». (THIBAUD, pastourelle).
   On employait aussi d'autres tournures: «Au commencier la trouvai si doucette / Qu'onc ne cuidai par li maux endurer». (Chanson du Sire de Coucy).
   En se mettait souvent, autrefois, devant des adverbes de temps: «Et si en present il est for-conseillé». (mal conseillé). (FROISSART).
   On dit encore aujourd'hui en Berri: En hier pour hier, comme on a dit, en vieux français: En demain, d'où l'endemain, et finalement le lendemain.

   EMPRÈS. Après. Nous disons plus souvent, aujourd'hui, après. Emprès appartient à l'ancien langage: «Que plus emprès les en tourmentent». (Roman de la Rose, v. 5366); «L'année emprès (nous dirions d'emprès) se donna le fameux combat». (BRANTÔME, [Vies des hommes illustres et des grands capitaines], «De l'Infanterie française»); Ailleurs, du même auteur: «Il fut emprès le maréchal du Roy».




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.