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ENDORMIR (S')
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ENFARGER

cien Théâtre français, vol. I, p. 315).
   L'Académie recueille ce mot, mais le marque du stigmate: Il est familier. Les exemples que j'en tire des anciens auteurs et j'en pourrais citer des centaines montrent qu'il fréquentait la bonne compagnie autrefois. En tout cas, il est de bonne venue et très courant en Acadie ainsi que endève, sur lequel il a été formé.
   Il y a désaccord entre les savants pour ce qui est de l'origine d'endèver. Gaston Paris propose dérogo sortir des idées reçues; Diez croit que dève provient de de-ex-viâ, hors de la voie. Le Héricher prétend que dêverie signifiait diablerie, en vieux français et endêver, endiabler, se donner au diable. Dève, dans ce cas, serait une forme de l'anglais devil.
   Sub judice lis est. Je ferai seulement observer que les Canadiens donnent à endiabler, mettre en diable, le sens, ou à peu près, que nous donnons à endèver. Ce verbe a été formé par l'agglutination de en avec dève. On trouve redesver dans l'ancienne langue.

   ENDORMIR (S'). Avoir sommeil. Le mot est très français, mais l'Académie omet de lui donner ce sens.

   ENDORMITOIRE. (Prononcé endormitouère). Besoin de sommeil, envie de dormir: Je ne peux plus ouvrir les yeux par l'endormitoire. Le mot appartient à la vieille langue, où il est tantôt adjectif et tantôt substantif. La Curne [de Sainte-Palaye] fournit un exemple de l'un et de l'autre: Substantif: «D'eau de Léthé et pavot composait / Ung dormitoire et sur moy le posoit». Adjectif: «Ton sommeil doux et lent sous la plume endormitoire / Tenoit les bords cousus paupière sur paupière. Des beaux yeux de Cypris».
   Endormitoire rimant avec paupière, montre que le mot se prononçait comme ici, endormitouère.
   On trouve aussi dormitoire, dormie et dormition, pour envie en dormir, dans la vieille langue.
   ENDOSSER. Terme de labourage. Endosser une planche, c'est tourner les deux premiers oreillers l'un contre l'autre, dos à dos.

   ENDURER. Se bien trouver d'une chose: Mets ton gros capot; tu l'endureras bien, par le temps cru qu'il fait.
   «J'endurais bien mon manteau». (JAUBERT), mais l'Académie ne le lui donne pas [ce sens].
   Lescarbot, écrivant à Port-Royal d'Acadie, emploie endurer absolument: «Il n'y avoit celui qui n'eust un extrême regret d'abandonner un pays... auquel il avoit tant enduré pour découvrir».

   ENFARGE. Entraves consistant en un collier de bois, dont l'un des bouts s'allonge jusqu'à terre, et qui empêche un cheval de sauter dans les clos voisins.
   En vieux fr[ançais] les enfarges étaient des chaînes avec lesquelles on attachait les prisonniers.
   Enfarge est formé sur farge, terme aujourd'hui argotique, dont l'origine est inconnue.
   «Nos agens nous fixent aux pieds les farges, les fers, les ceps, instrument fermé à clef sur la cheville». (JULES DE MARTHOLD, Le Jargon de Villon, p. 62). Cette entrave s'appelle pinoche au pays de Québec.
   Au Berri, l'enfarge est un cadenas mis aux pieds des chevaux en pâturage.
   Un Canadien m'a dit un jour: Passez par ici, Monsieur, il y a moins d'enfarges.
    «Une jeune pouliche blanche s'enfuit, épouvantée, en trainant ses enfarges». (SAND, André); «Enfarges: Shackles, fetters, Irons for the legs». (COTGRAVE).

   ENFARGER. Mettre des enfarges à un cheval.
   L'expression a cours au centre de la France.
   Les écrivains du XVIe siècle n'hési-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.