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ENFILÉE
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ENGRAVER

taient pas à s'en servir: «Douceur et joye pour estre désenfargé des incommodités passés». (MONTAIGNE). Ici, le mot est au figuré. Nous le trouvons au propre dans le même auteur: «Enfargez des pieds et des mains».
   Nous disons, au figuré, avec nos cousins de l'Anjou: Elle s'est enfargée dans sa robe pour elle s'est embarrassée.
   «Il y a un honnête homme qui avait mis sa cavale enfargée en ses foussez». (Béroalde de Verville, cité par Jaubert);
«Il court comme un désenfargé». (SAND, Fr[ançoi]s le Champi). Désenfargé est dans Montaigne.

   ENFILÉE. Enfilade.

   ENFLAMBER. Enflammer (voir flambe).
   Les meilleurs auteurs des siècles, qui ont précédé la fondation de l'Académie, ont fait usage de ce vocable: «Le cueur le subtilie et enflambe». (RABELAIS); «Enflamber tout autour de moi». (Idem); «Le visage devenait rouge et enflambée». (AMYOT); «N'estoient les flames venues enflamber leur tendre coeur.» (RONSARD, Odes, liv. I); «Timolus en ard; Le mont Athos s'enflambe; / Taurus se brûle; / Oita est tout en flambe». (MAROT).

   ENFOURÂCHER (S'). Se mettre follement dans la tête, nourrir de sots projets, se braquer dans une entreprise absurde: Il s'est enfourâché d'aller creuser à l'Île-Sauvage, où il croit que le capitaine Kidd a caché ses trésors.

   ENGAGER, ENGAGÈRE. Subst. masc. et fém. Serviteur; personne à gages; valet de ferme: J'ai trouvé un bon engager; Nous avons deux engagères à la maison.
   Engagère est aussi un adjectif: une fille engagère. On trouve âme fonctionnaire dans les journaux de Paris.
   ENGAGNER. Pour un malade, c'est prendre du mieux. Se dit aussi pour s'améliorer. Il a été bien malade? — Oui, mais il engagne; — Va-t-il réchapper? — Je ne sais pas, mais il a beaucoup engagné dans les derniers huit jours.
   Le mot se compose de en et de gagner, collés l'un à l'autre; formation analogue à en-gerber, en-quérir, en-fermer, etc.

   ENGARGOUILLÉ. Fortement enrhumé.

   ENGENSÉ. Autre forme d'agencé avec à peu près le même sens. Un n adventice s'ajoute assez souvent après les voyelles a et i dans l'ancienne langue, prin pour pris, par exemple. C'est ainsi que agencé est devenu angensé, épelé engensé.

   ENGORGEURE. Subst. fém. Engorgement.
   Les marins de France emploient le mot dans un sens tout différent.

   ENGOTTER. Obstruer le larynx, appelé got, en Acadie: «Il y a des molües qui avalent l'ain et l'appast si goulument, que l'ain entre dans leur gau. Les pêcheurs appellent cela engotté; et de celles-là qui sont engottées, il s'en rencontre qui ont leur gau à la gueule». (DENYS, vol. II, p. 181). (voir got).

   ENGOULEMENT. Embouchure, entrée d'un havre: l'engoulement d'une rivière; l'engoulement de Gaspé.

   ENGOULER. Se dit pour avaler, comme dans ce passage de Nicolas Denys: «Une grosse molüe en engoulera une petite, avec l'ain». Radical: goule.

   ENGRAVER. Graver, incrustrer, ciseler. Ce mot et ce sens appartiennent à l'ancienne langue. On le trouve, au propre et au figuré, dans les




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.