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ENGRIMACÉ
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ENNUYER (S')

meilleurs auteurs du XVIe siècle. Dans Rabelais, d'abord. Dans Ronsard ([Le] Bocage royal) qui écrit: «Mots doucereux engravés au fond de ma mémoire»; «Emprès s'y dressast une aiguille en pyramide, où l'écriteau fut engravé»; «Engraver: To engrave». (Dictionnaire de Cotgrave); «Ou bien, si la douleur vivement engravée / Pouvait faire mourir la personne aggravée». (Ancien Théâtre français, IV, p. 182).
   «Leurs regards violents engravèrent leur zèle». ([D']AUBIGNÉ, [Les Tragiques], «Les Fers»); «Ces discours nous ne les portons pas seulement en la bouche, mais engravez bien avant dans nos coeurs». (MONTAIGNE).
   Du Père Sagard, ancien missionnaire canadien: «Ce que Dieu avoit escrit estoit engravé dans les tables de Moyse». (353).
   Nous disons: engraver ses ongles dans la chair vive. Ceci revient à peu près au charabia que l'on trouve dans l'Astrée: «Il est impossible que l'Amour n'en engrave en mesme temps le visage bien avant dans le coeur».
   En Anjou, une pierre s'engrave dans le sabot d'un cheval.
   Engraver est à l'Académie, mais comme terme de marine, avec un sens différent.

   ENGRIMACÉ. Qui garde l'empreinte des grimaces, grimacier.

   ENJARBER. Engerber. Mettre en gerbes.
   On trouve le mot écrit engarber dans la vieille langue.

   ENLAIDZIR. Enlaidir. Nous employons l'un et l'autre mot. C'est un vestige de la langue romane.

   ENNEIGÉ. Couvert de neige: Il est arrivé tout enneigé. Ce mot, parfaitement conforme, appartient à la vieille langue: «Et vint droit vers la parairie / Qui fu gelée et enneigée». (Perceval); «Enneigé: — Full of snow». (COTGRAVE).
   Ce joli mot est tout à fait tombé de la littérature contemporaine, quoique je l'aie relevé dans René Bazin. Chateaubriand lui a substitué neigé: «Ces hauts vallons sont neigés six mois par an».

   ENNUI. Nous ne faisons guère usage de cette expression que pour exprimer les sentiments de regret que nous cause l'absence de quelqu'un ou de quelque chose que nous voudrions présente: L'ennui de ses parents, de son pays, le fait mourir.

   ENNUITÉ. Surpris par la nuit.

   ENNUYANT. Triste, maussade, qui porte à l'ennui: C'est une journée ennuyante; J'étais content de le voir partir: il est assez ennuyant!; Cet endroit-ci est bien ennuyant, on s'y ennuie ferme. La définition que l'Académie donne de ce mot ne comporte pas toutes les acceptions qu'il reçoit en Acadie.

   ENNUYANTERIES. Choses ennuyantes: dires des ennuyanteries.

   ENNUYER (S'). Le Dictionnaire dit: «S'ennuyer de quelqu'un, de quelque chose, c'est en éprouver le dégoût, s'en lasser». C'est tout le contraire, en Acadie, où s'ennuyer de quelqu'un, c'est souffrir de son absence, le désirer, le manquer. C'est aussi se sentir isolé, dépaysé: Cet enfant s'ennuie de sa mère; Mon fils n'est pas resté au collège, il s'ennuyait trop. On s'ennuie de ses amis, de son chez soi. Molière (L'École des Femmes, acte II, scène VI) donne à ce mot à peu près la signification qu'il a ici: «Vous ennui-t-il? Jamais je ne m'ennuie». C'est le taedet des Latins.
   Comme Molière, nous employons le mot absolument: Je m'ennuie.
   Flaubert (Lettres) donne également à s'ennuyer de quelqu'un ou de quelque chose le sens de soupirer après, de le désirer: «Crois-tu que je m'ennuie de la campagne?»




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.