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ENNUYEUX
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ENTENDEMENT

   ENNUYEUX. Qui est porté à s'ennuyer: Je me plais bien ici; je ne suis pas ennuyeux; Ne mettez pas cet enfant au collège; il n'apprendra pas: il est trop ennuyeux.
   Ennuyeux signifie qui ennuie les autres, au Dictionnaire.

   ENRAGEABLE. Enrageant.

   ENRAGEMENT. Grande colère: «Au milieu de ses disputes et de ses enragements contre François». (SAND, F[rançois] le Champi).

   ENRAYER. Tracer la raie, le premier sillon d'une planche de labour. Une planche bien enrayée est une planche dont le premier tracé est droit. Se dit aussi au figuré: Il enraye bien son ouvrage. On dit en Anjou: enrayer une entreprise.
   Ce mot appartient à la vieille langue, où il avait le sens que nous lui donnons en Acadie, tant au propre qu'au figuré: «Orgueil désobeist; orgueil fiert et desroie; / Orgueil veut achever quoiqu'il pense et enroie». (JEAN DE MEUNG).
   On enrayait un pain en enlevant le premier morceau ou chanteau. On trouve dans la vieille langue «arroyer sa roye». Est-ce le même mot? C'est dans le sens de mettre dans le droit chemin que le mot enroier était le plus souvent employé. Le mot enrayé est bien connu dans le centre de la France aujourd'hui.
   G. Sand ([Les] Maîtres sonneurs) pousse le sens figuré plus loin que nous n'oserions le faire: «J'ai trouvé la danse enrayée de son mieux». On dit dérayer le long de la Moselle pour un champ, un pré, et areye est le premier sillon tracé par la charrue.
   Le radical probable de ce terme est le latin populaire riga, qui signifie sillon.

   ENSEMBLE. Se mettre ensemble se dit pour se marier ici aussi bien que dans le centre de la France.
   Traduction, d'une chanson sauvage: «Mon père et ma mère ils se sont ma-
riés; / Se sont mis ensemble c'est pour faire des paniers».

   ENSEMENT. Seulement.
   C'est, il me semble, l'agglutination de en seulement en un seul mot: Il n'a pas ensement vingt sous dans sa poche. On trouve, dans l'ancienne langue, ensement, mais le plus souvent avec le sens d'ensemble, en même temps, pareillement: «A nul fuer fere ne parole, / Et tot ensement m'esprendroie / Se sour vous mettoie tel ordre». (À aucun prix je ne pourrais le faire et en même temps (aussi bien, pareillement), je m'abuserais si je vous donnais tel ordre). (Fables et contes); «Blanch ad la barbe ensement cume flur». (Chanson de Roland, v. 3173); «Mès quant il set que mors et Pompée ensement, mout en est trespensesez». (JACOS DE FOREST, Roman de Jules César); «Car ne voleit beissier clerc ne lai ensement». (GARNIER [DE PONT SAINTE-MAYENCE], Vie de s[aint] Thomas); «Bede, Merlin et Sebile, ensement, / Avec le Brut commencent promptement». (DESCHAMPS, [Poèmes], 26e ballade); «Et est sous la terre trouvée. / Tout ensement que la rosée». (Roman chimique, rapporté par Borel, Dict.).
   Thibaud donne à ce mot la signification que nous trouvons dans Nicolas Flamel, Machanet également, d'autres écrivains encore, entre autres l'auteur de Dolopathos qui l'emploie fréquemment, mais nulle part je ne trouve exactement le sens que les Acadiens lui donnent.

   ENSOLEILLÉ. Qui est en plein soleil. Il serait curieux de savoir pourquoi l'Académie a rejeté ce mot lumineux. Les anciens le connaissaient: «De celui soit maudit qui le mont ansoleille». (Roman de la Rose).

   ENTENDEMENT. Se dit aussi pour l'ouïe: Il a bon entendement. Formé sur entendre: «J'ay l'entendement si perturbé, etc.» (1ère Conférence).




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.