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ESCORBUT
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ESCOUVILLON

attribué claudus ou claudipedes (en v[ieux] fr[ançais] clop) pour radical, que les Quarante immortels lui donnent le sens de boiteux. Le es- qui a été conservé, précédant le mot, et que nous faisons sonner, exclut claudus. «Dame Copée, / Que Renart a si esclopée». (Roman de Renart, v. 10076).

   ESCORBUT. Scorbut: Il s'en est fallu de peu que l'escorbut ne détruisit complètement les premiers établissements, tant du Canada que de l'Acadie.

   ESCOUER. Métathèse de secouer. Le peuple de France a toujours préféré escouer à secouer. Le mot est même tombé sous la plume de plusieurs écrivains et des meilleurs. «Il l'escoya et le laissa aller». (FROISSART); «Genffroy le hasta tellement que il luy escouat son flazal». (ARRAS, [Roman de] Mélusine). «De sa hanche me bailla un tour, / En escouant tant que je chus arrière». (DESCHAMPS, vol. V, p. 133); «Samson le prist a ses deux mains et le escout si très qu'il abattit la maison sur eux». (LA TOUR).
   «L'escuyer tranchant desveloppe le pain et baise la petite serviette qu'il trouve enveloppée. Il l'escout et la met sur son col». (Olivier de la Marche, cité par G. Fallot); «Le porc se sent navrés profondément. / Trois fois s'escout molt vigoureusement». (Rapporté par Godefroy).
   On trouve également escouir, escourre, escos dans l'ancienne langue.

   ESCOUSSE. Subst. verbal, formé sur le verbe escouer. Espace de temps, intervalle: Restez encore une escousse; Il en a encore pour une bonne escousse avant de finir; Je vais travailler une escousse; une escousse de chaleur, de froid, pour une période de chaleur, de froid; Il y a une bonne escousse que je ne l'ai pas vu; Il travaille par escousse; Allons, mes en-
fants, une autre escousse et ce sera tout.
   Partout, dans l'ancienne langue, voire au Grand Siècle, je trouve le mot avec les divers sens que nous lui donnons: «Eune boune escousse après». (CYRANO DE BERGERAC, Le Pédant joué); «De moy je ne me sens guère agiter par secousse». (MONTAIGNE); «Il n'est rien que nous ne puissions... mais par secousses». (Idem); Madame de Sévigné fait usage de cette expression dans ses lettres à sa fille; Fénelon ([Lettres], «Lettres spirituelles»): «Ne vous contentez pas de faire certains efforts et d'être petits par secousses».
   «Je retournai chez moi prendre haleine, et, comme l'on dit, mon escousse». (SAINT-SIMON).
   George Sand, dans les romans qu'elle situe en Berri, emploie le mot fréquemment, mais elle écrit secousse: «En une secousse il y eut envie de leur dire bonjour». (François le Champi): Une secousse de temps; tandis que les Berrichons disent comme nous: escousse.
   Le mot se rencontre dans d'autres auteurs contemporains. Je le trouve chez C. Maurras: «Le dieu lui venait par secousse», écrit-il en parlant de Musset.
   Nous disons encore: En voilà une belle escousse! Il en a fait une belle escousse! Ici escousse s'entend pour mauvais geste, sale coup.
   On a dit aussi, dans le vieux parler: tout descousse, pour tout à coup. D'où vient le mot? De excussa comme le veut Ménage? De succutere comme l'assurent nos maîtres en philologie? Cela est d'importance secondaire; l'essentiel, c'est que c'est un mot de la langue et qu'en l'employant nous parlons français et non patois.

   ESCOUVILLON. Prononcé escouvion. Personne évaporée, tout en l'air.
    Pas d'escouvillon sans son brayon (torchon), pas de fille qui ne trouve à se marier, est un vieux proverbe fran-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.