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ESQUINTER (S')
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ESTÈQUE

trone: Homeristas speremus; voire jusqu'à Virgile». (Énéide, IV, 149): «Sperare dolorem». On chante en France: «A Lisbonne nous avons mouillé, / En espérons l'escadre».
   Chasser à l'affût, c'est chasser à l'espère.

   ESQUINTER (S'). S'épuiser, se fatiguer à l'excès.

   ESSAYE. Essai. C'est sur essaye, et non sur essai, que le verbe essayer a été formé.

   ESSAYER (S'). Ce mot a les mêmes emplois ici qu'à l'Académie. Absolument, s'essayer se dit pour se mesurer: Tu te crois plus fort que lui; il dit, de son côté, qu'il peut te battre: essayez-vous.

   ESSIVÉ. Déformation du mot lessivé: du blé d'Inde (maïs) essivé.

   ESSORER. C'est un verbe inchoatif. Le sens que nous lui donnons n'est pas tout à fait celui du Dictionnaire. Essorer n'est pas exactement sécher, mais commencer à sécher. Tordre du linge mouillé une première fois, c'est l'essorer.
   On disait s'essorer au XVIIe siècle. Cotgrave traduit le mot en anglais par: To weather himself or dry himself in the weather.
   Le peuple de Paris disait: «Que le soleil vous essore», pour puissiez-vous être pendu. La langue argotique a conservé le mot avec ce sens. «Allez-vous estiver vous nettoyer, vous asceurer, prendre chemise blanche». (Pantagruel)
   Après une grande pluie, nous disons que l'eau s'essore, quand elle commence à s'égoutter.
   L'Académie dit que ce mot est peu usité. En France, peut-être, il est fort en usage, ici.

   ESSUE-MAIN. Essuie-main.

   ESSUER. Essuyer. Du latin
exsucore. «Dans tout l'indicatif présent du verbe excuccare, le c final du radical est devant o ou devant a, et doit par conséquent, disparaître: Jessu, tu essues, il essue, nous essuons, vous essuyez, ils essuent». (CLÉDAT, Manuel de phonétique, p. 233).
   «Comme vous vees d'un drap moillé, qu'on essue». (Le Livre de Clergie); «Mal si moillé qui ne s'essue». (Cité par Godefroy).

   ESTAMPILLE. Nous donnons à ce mot le sens de timbre-poste. De l'anglais: stamp.

   ESTATUE. Statue: «Aucun mot français véritable, c.-à-d., de formation populaire ne commence par st, sp». (GOURMONT, Esthétique [de la langue française]). C'est pour cela que scalem a donné échelle; scutum, écu; sperare, espérer; spacium, espace; spiritus, esprit; stomachum, estomac. Statue est livresque; c'est presque du latin classique. Le latin populaire avait istatua et istatuta. C'est là que nos aïeux ont pris le mot: «Il y eut un peu de peine, à cause des estatuts de l'ordonnance». (BRANTÔME, [Vies des hommes illustres et des grands capitaines], «W. de Bellegarde»).
   Les leurres dont se servent nos chasseurs d'outardes et de canards sont des estatues.

   EST-CE PAS? N'est-ce pas?: «Est-ce pas ce que nous disons?» (MONTAIGNE).

   ESTÈQUE. Dernière levée, à certain jeu de cartes, et qui compte double: J'ai fait l'estèque; «Ça finissait toujours par des gigues, et une gigue finissait toujours par l'estec. Ce que l'on appelait l'estec, c'est que le danseur embrassait sa compagne». (BARBEAU, Anecdotes [populaires du Canada, Journal of American Folklore, vol. 33, no 129, 1920]).
   Cet estec ou estèque vaut celui des cartes.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.