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ESTORLET
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ÉTAT

   Un jeu de cartes apporté de Hollande en France, au XVIIe siècle, s'appelait romestèque. Notre estèque pourrait venir de là. Il pourrait aussi avoir le même radical que le mot stake, terme de jeu.
   Ce mot a d'autres emplois en Acadie. Trouver une estèque pour faire une chose difficile, c'est trouver un moyen inespéré, un truc, un centre pour en venir à bout. En argot, on appelle estuque la part de chaque participant dans un vol.

   ESTORLET. Aux Îles-Madeleine, storlet. Hirondelle de mer, sterna hirundo. Nicolas Denys l'appelle esterlais. La Hontan écrit sterlet.
   Quelle est l'origine de ce nom?
   Il y a, en Russie, un poisson cartilagineux, du même genre que l'esturgeon, et de forme gracieuse, appelé sterlet. Sterlet et esterlet, c'est le même mot. Jusqu'à ce qu'on trouve mieux, j'incline à croire que l'oiseau tire son nom du poisson.
   Ce serait un autre cas d'un terme marin transporté à terre. Il y a cependant, à l'encontre, estelier qui est un nom d'oiseau dans la vieille langue française.
   Commentant l'origine de ce mot, M. Ganong est d'avis que le mot est de création acadienne. Par analogie, peut-être, mais pas autrement. Les premiers Acadiens n'auraient pas forgé un nom pareil.

   ESTOUMAC. (Pour estomac). Le c est muet. Poitrine.
   Le mot poitrine n'est pas en usage ici, c'est toujours estoumac que nous disons. Estoumac avait, dans l'ancienne langue, et même au XVIIe siècle, le sens que nous lui donnons: «Je vais lui présenter mon estomac ouvert». (CORNEILLE, Le Cid, vol. I); «Heureux ceux qu'elle (la muse) regarde / Et plus heureux qui la garde / Dans l'estomac, comme moy». (RONSARD, Odes, liv. I); «Ouvres-toi l'estomac». (THÉOPHILE, Désespoir de Thisbé).
   ESTRAVAILLÉ. Agité, fantasque.

   ESTRAVAILLER (S'). Se démener, agir, parler à tort et à travers. C'est probablement une déformation du mot extravaguer [voir extravailler].

   ESTRINGOLÉ. Presque étranglé, presque étouffé, hors d'haleine, rendu: Il est arrivé tout estringolé.
   Le radical go entre dans ce mot (voir got).

   ESTURGEON. Nous prononçons éturgeon.

   ÉTALER. Supporter, endurer, résister victorieusement. Une goélette étale une tempête quand elle la traverse sans avarie: étaler le vent, le mauvais temps. Ce terme maritime, comme beaucoup d'autres, a été débarqué à terre où les cultivateurs, après une mauvaise cueillette, ont à étaler la misère.
   Le mot s'emploie absolument: Je ne pourrai pas étaler bien longtemps; j'ai trop froid aux pieds.

   ÉTAMPERCHES. «Traverses en bois placées horizontalement sur deux poteaux, en plein air, et sur lesquelles on étend les peaux pour les faire sécher, après le tannage». (JUTRAS).

   ÉTANG. Le mot est du genre féminin. Cela provient vraisemblablement du fait que l'on disait, ou que certaines gens disaient: étagne. On entend encore cette prononciation dans certaines localités et de France et d'Acadie.

   ÉTARGUER (S'). Faire de grands efforts, mettre toutes ses forces: Je me suis étargué à porter cette charge.

   ÉTAT. L'expression a presque tous les emplois qu'elle trouve au Dictionnaire; mais s'entend surtout pour condition, en parlant des animaux: Cette paire de boeufs est en bon état; Ces cochons sont en bon état; on peut en faire boucherie.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.