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EUX
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ÉVERGANDÉ

   Tout le moyen âge, les écrivains du XVe siècle, même plusieurs du XVIe, ont dit comme nous. Veut-on des exemples?: «Qu'on chasse ce grand pleureux». (BOILEAU); «Vous avez de l'obligation à Langlade; ce n'est point un écriveux». (SÉVIGNÉ); «Il était fort querelleux». (BRANTÔME, [Vies des hommes illustres et des grands capitaines], «M. de Montsalls»).
   À la cour même de Louis XIV, on prononçait tailleux, brodeux, baigneux, trompeux, mocqueux, s'il faut en croire François de Callières, qui vivait de 1645 à 1717.

   EUX. Chez eux veut dire à leur résidence: Ils s'en sont retournés chez eux.
   Se dit aussi au singulier: Il s'en est allé chez, ou plutôt, cheuz eux à pied. Chez eux, chez nous, c'est le home des Anglais.
   Nous disons aussi, avec l'auteur de La Fille du comte de Pontieu: «Eulx deulx qui estoient aussi comme d'une grandeur et d'un corsage», c'est-à-dire de la même grandeur et du même âge.
    J'irons nous deux Pierre se dit pour: Nous irons Pierre et moi. Ces vieilles formules remontent jusqu'au latin. Elles ont cours dans le français dialectal, aussi bien qu'en Acadie.

   ÉVADER. S'échapper, s'enfuir, disperser. Évader est tantôt verbe pronominal et tantôt verbe actif, en Acadie. Il n'est que pronominal à l'Académie.
   Bossuet, Thos, Corneille et les autres grands écrivains du siècle de Louis XIV l'employaient comme nous: «Le bruit les a évadés».
   Rabelais aussi l'emploie activement: «Nous évaderons ce danger».

   ÉVANGILE. Le mot est féminin, en Acadie, comme il l'était dans l'ancienne langue: Une belle Évangile; «On apporte une Évangile». (Assises de Jérusalem).
   On trouve évangile au féminin dans
Mme de Sévigné, dans Boileau, etc., sans mentionner les très anciens auteurs.

   ÉVANOUIR. Se dit pour s'évanouir: Elle a évanoui; Il a manqué évanouir; Je l'ai vu évanouir; «J'ai ouï parler d'une femme... qui, quand elle entendait parler d'une putain, elle évanouissoit soudain». (BRANTÔME).
   «Elle étoit en grand danger d'évanouir». (URFÉ, [L']Astrée, 1-4); «Ce sot mari qui de prime face avoit pensé évanouir». (H. ESTIENNE); «Et sitôt que je pense à tes divins attraits, je vois évanouir ces infâmes portraits». (CORNEILLE, L'Illusion comique, IV-7); «La chaleur fut si grande qu'il en évanouit». ([D']AUBIGNÉ).

   ÉVENTER. Nous donnons à ce verbe toutes les acceptions qu'il a chez les Quarante avec celle de flairer, de sentir en plus. C'est un bon chien de chasse: il évente bien; éventer une piste; éventer les senteurs de la cuisine.
   La Fontaine dit dans ce sens: «Dryope la première évente sa demeure». Et ailleurs (liv. XIII, fable XV), il parle d'un chien qui évente les traces des pas de la gazelle.
   «Le loup s'arrêta sur la lisière, éventa de tous côtés et reçoit ainsi les émanations des corps morts ou vivants que le vent lui apporte». (BUFFON). «Le gati évente la proie». (SAGARD); «La terre qui eust honte esventa tous les creux ou elle avoit des vers». ([D']AUBIGNÉ, [Les Tragiques], «Vengeances»).
   Éventer est aussi un terme de marine: éventer une voile; la disposer de manière à ce qu'elle prenne le vent.

   ÉVÊQUE. Les Acadiens du Nouveau-Brunswick prononcent évêque, comme en France aujourd'hui, et ceux de la Nouvelle-Écosse, évéque, comme en France autrefois.

   ÉVERGANDÉ. Adj. Dévergondé.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.