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ÉVITE!
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EXTRAVAILLER

Aux Îles-Madeleine, une jeune fille évergandée est une personne légère, frivole.

   ÉVITE! Interjection intimant l'ordre de s'en aller. Nous disons à un chien: Évite! pour le chasser.
   Évite, évitage sont des termes marins. Un navire évite, quand il change de bout sans lever l'ancre.
   Gondebaut dit à Aurelian dans Le Mystère de Clovis: «Vuide», pour va-t-en.

   ÉVITER. Se dit aussi pour épargner: éviter de la misère à quelqu'un.

   EXACT. Toutes les lettres de ce mot se font entendre dans la prononciation, ainsi d'ailleurs que le veut l'Académie: Ex-ac-te. On a dit autrefois: exat.

   EXCÈS (Aux). C'est plus souvent aux excès qu'à l'excès que l'on entend dans le parler des Acadiens: Il y en a aux excès.
   Les messieurs du Palais continuent à employer le mot au pluriel: se porter à des excès.
   Corneille (Clitandre) dit à peu près comme nous: «Mais tels sont les excès du malheur qui m'opprime, / Qu'il ne m'est pas permis de jouir de mon crime».
   Nous disons aussi: Il n'est pas d'excès riche, pour pas excessivement riche; Il a de l'esprit, mais pas d'excès, médiocrement: Il n'y a pas d'excès, c'est juste assez. Et avec d'Aubigné: «Je vois un prince anglais courageux par excès».

   EXCUSE. Nous disons: Faites excuse, pour excusez-moi, pardon. Cette locution a cours en France chez le populaire.
   Je vous demande excuse, pour je vous demande pardon, a été condamné par plusieurs grammairiens. Pourtant La Fontaine (Ragotin), a écrit: «Je vous demande excuse, a-t-il dit, j'ai tort».
   Nous trouvons aussi cette expres-
sion chez Mme de Sévigné; mais elle a soin de faire remarquer que c'est un provincialisme.
   Si cette manière de dire est fautive, Bussy-Rabutin qui a écrit: «Excusez ces réflexions à une personne qui va mourir», est presque aussi coupable que La Fontaine et nous.

   EXEMPLE. Le mot est féminin, une exemple, en Acadie, comme il l'était dans la vieille langue, et comme il l'est encore dans le parler dialectal du centre de la France. «Dire que cette exemple est fort mal assortie». (RÉGNIER, [Satires], «Satires X»).
   Exemple, masculin, vient du latin exemplum; féminin, de exempla, pluriel de exemplum.

   EXPLIQUER (S'). Se dit aussi pour s'exprimer: C'est un homme qui s'explique bien.

   EXPRÈS (Par). Exprès, volontairement: Je ne l'ai pas fait par exprès.
   L'expression est condamnée par les maîtres de la langue qui veulent qu'on dise exprès tout seul: Je ne l'ai pas fait exprès.
   En dépit des grammairiens, le peuple de France dit comme nous, par exprès. C'est un archaïsme, c.-à-d., un bon mot de la vieille langue: «Comme tout un qui par exprès, / L'eschauffe petit à petit». (Rapporté par Littré).

   EXTRA. Ce mot latin est entré tout à fait dans la langue. Nous l'avons pris des Anglais, avec le sens de très bien qu'ils lui donnent. C'est une espèce de superlatif: Ce portage est-il bon? — Il est extra; C'est extra.

   EXTRAVAILLER. C'est, je crois, une déformation de extravaguer. Le sens des deux mots est à peu près le même: Un enfant extravaillé est un enfant fantasque, en l'air; «Je me sens un peu extravagué de mon desseing». (BRANTÔME).




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.