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FERDAINE
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FESSER

   FERDAINE. Métathèse de fredaine.

   FERDILLEUX. (Pour fredilleux). Frileux.

   FERDOCHES. Broussailles, branchages. Examiné sur l'Histoire sainte, un écolier répondit que Solomon, fils de David, s'était pris les cheveux dans les ferdoches.
   Au figuré, être dans les ferdoches, c'est avoir perdu le fil de son discours, divaguer.

   FERRAGE. Action de ferrer, soit qu'il s'agisse d'une roue de voiture ou d'un cheval.

   FERRÉE. Bêche, houe, pelle en fer. La ferrée était en bois, jadis, avec une pièce de fer à l'extrémité du tranchant.
   Aux Îles-Madeleine, un tisonnier est une ferrée; sur la Moselle, on appelle ferrée une perche ferrée servant à pousser une embarcation ou un train de bois.
   «Uns escuiers vint pognant la ferrée». (Ronc[evaux], p. 70). À un enterrement, un paysan entendant le prêtre dire: «A portâ inferi», courut chercher une ferrée, qu'il lui apporta.

   FERREYER. Remuer, retourner la terre avec une ferrée, une pelle en fer.

   FERRY. Mot anglais passé dans la langue et signifiant la traversée d'une rivière en bac: payer le ferry; passer le ferry. Se prononce ferré, comme en anglais.

   FERTILLER. Métathèse de frétiller. Les Berrichons, les Tourangeaux disent comme nous.

   FERZAIE. Métathèse de frezaie. Engoulevent du Canada, aussi appelé mangeux de mouches. Paul Féval (Châteaupauvre) met le mot dans la bouche d'un Breton.
   Cotgrave épelle le mot fresaye et le traduit en anglais par scrich-owl. Le
Glossaire de Glasgow le définit nicto-corax.
   Les Poitevins disent presaie et les Gascons bresaye. On le trouve désigné dans la vieille langue par crapaud volant. Ce mot remonte aux origines de la langue.
   On trouve «fresaye, oiseau de nuit» dans l'Ancien Théâtre [français] (I, p. 323); et «le palais de Fresaie», dans Aubigné.
   Bref! le mot est tout à fait français. Jadis on nommait fresaie le neuf de pique, comme portant malheur. Les Angevins ont conservé cette superstition. Ménage fait venir le mot de praesaga parce que c'est un oiseau de mauvais augure ou parce qu'il a comme une fraise de plumes au col.

   FESSER. Le mot, ici, a surtout le sens de frapper, n'importe quelle partie du corps humain. On se fesse soi-même en se heurtant à quelque chose, à un poteau, par exemple. Les lois défendent à un homme de fesser une femme.
   Les mères acadiennes ne fessent pas toujours leurs enfants à l'endroit mis à la mode par Jean-Jacques Rousseau. Donner une tape ou une claque à quelqu'un, c'est le fesser. «Fessez, fessez, ce dist la mère; La peau du cul revient toujours». (Gautier-Garguille, chanson). Voltaire disait de son côté: «Messieurs les sots, je sois, en bon chrétien, / Vous fesser tous, car c'est pour votre bien».
   Rostand, dans Cyrano de Bergerac, donne au verbe fesser le sens qu'il a en Acadie: «Gros homme, si tu joues, / Je vais être obligé de te fesser les joues».
   En Acadie, on fesse un homme au visage en lui donnant un coup de poing. Fesser quelqu'un c'est, absolument, lui donner un coup de poing.
   Les Canadiens vont plus loin que nous dans les divers emplois de ce mot. Je transcris du [Bulletin du] parler français [au Canada] de Québec (t. VI, p. 18): «Il est pauvre, car la bouette ne fesse pas fort depuis quelques années».




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.