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FÊTER
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FIANCE

   En vieux français, faisse signifiait bâton.
   Quoique, par la forme, le mot fesser se rapproche de fissa, fissure, fente, d'où le substantif fesse a été tiré, il faut en rechercher le radical dans le verbe allemand fitzen, frapper, ou dans le vieux mot français faisse, lui-même d'origine allemande.

   FÊTER. Bambocher; boire aux excès, faire la noce. L'expression est plutôt canadienne.

   FEU. Incendie: passer au feu; Ma maison a passé au feu, a brûlé.
   Feu chalain (voir chalain).
   Feu sauvage. On dit feu volage quelque part en France: éruption de la peau; la sylvatica.

   FEUNER. Un de mes correspondants m'envoie le mot feuner qu'il donne comme synonyme de fureter. Je n'ai jamais entendu l'expression.

   FEUVE. Fève. C'est aussi la manière normande de prononcer ce mot.

   FIABLE. Digne de confiance, digne de foi; à qui l'on peut se fier: Tu peux t'en rapporter à ce qu'il dit, il est fiable; Ce cheval n'est pas fiable, méfie-t-en.
   C'est un bon vieux mot français, dont la perte a empauvri [appauvri] la langue. Voyez à quels emplois les vieux auteurs l'ont mis: «Quant un homme sent qu'il a une femme bonne, sage et discrète, il n'est au monde chose plus fiable, ni qui tant le puist reconforter». (CHRISTINE DE PISAN); «Il ne fust mie bien féable». (DESCHAMPS, [Poèmes], «Le Miroir de mariage», v. 11519); «Et moins féables y sont hommes tenant leurs fables». (CHARTIER, Le Livre [de l'Espérance ou Le Livre des quatre dames]); «Accompagné de aucuns de ses prouchains parents... et des plus fiables». (FÉNIN); «Toujours soyez à Dieu fiable». (Ancien Théâtre français, III, p. 364).
   [Jean] de Meung (Testament) a fiablement et Montaigne, infiable: «La drague est un secours infiable».

   FIANCE. Confiance, foi en quelqu'un. Ce mot d'un visage si français fut biffé de la langue par Malherbe. Et pourtant, c'est sur fiance que confiance, méfiance, défiance ont été formés.
   Le mot revient. En tout cas, il a été repris par certains auteurs contemporains, notamment par Huysmans dans En rade, par G. Sand, dans La Petite Fadette, etc. Littré l'a recueilli.
   Nous lui donnons divers emplois: Il n'y a pas de fiance à ce qu'il dit, il ne faut pas s'y fier; Il n'y a pas de fiance à lui, il n'est pas digne de foi; Il n'y a pas de fiance sur la glace depuis le dernier dégel, il est dangereux de s'y risquer; C'est une personne de fiance, on peut se fier à elle.
   Cette expression tombe sous la plume de presque tous les bons écrivains français antérieurs à Malherbe. Faisons une excursion à la manière de Littré. De la Chanson de Roland (XIe siècle): «Cil ont fiance del cunte Guendon». Ici fiance a le sens de confiance, mais ailleurs le mot signifie hommage: «Constentinnoble dunt il ont la fiance»; «Car je n'ai mais ailleurs fiance». (Roman de la Rose, v. 10560, XIIIe siècle); «Si sachiez ore sanz doutance, / Que ja mes n'avrai tel fiance / En vous». (La Châtelaine de Vergy, XIIIe siècle); «Ne voie de toi altre fiance». (Mystère d'Adam); «Kar dit li eurent messagiers / Ke l'arcevesque seust de fi / Se mettait tut en sa merci». (Fragments d'une vie de s[aint] Thomas de Canterbery, vol. II, v. 40-3); «Dame en qui j'ai plus fiance». (La Panthère d'Amour, v. 1200); «En Egypte par ce kil n'urent (Joseph et Marie) En le peuple poynt d'afiance». (Évangile de Nicodème, v. 285-6); «Sans gage seur y a peu de fiance». (SAINT-GELAIS, A une Princesse); «... Onques n'oubli ciaus ki en lui ont fiance». (La Fille du comte de Pontieu); «En cui il ot




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.