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FIAT
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FICHER

greigneur fiance». (Dolopathos). «Mettez toute vostre fianche del tout en Dieu». (HENRI DE VALENCIENNES, Chronique); «Si nestoit la fiance de vous (La confiance que j'ai en vous) elle n'yroit point». (Les Quinze Joyes de mariage); «Et si j'ay mis en vous seul ma fiance». (SAINT-GELAIS, [Oeuvres], Rondeau); «À la fiance que Perceval eut au marinier». (Perceval); «En nos vies ne ja fiance». (Les Trois Morts et les trois vifs); «Or encore vous deffense-je que vous n'aiez fiance en jongleurs n'en flatteurs». (ARRAS, [Roman de] Mélusine); «La fiance ne s'y povoit trouver nulle voye». (Commynes, liv. II, chap. XII); «Servez-moi comme en vous j'ay fiance». (Lettre de Louis XI à de Bressuire); «Depuis passa monts et vaux en fiance» (Avec confiance). (RABELAIS, Pantagruel); «Ils auront leur fiance en leurs princes puissants». ([D']AUBIGNÉ, [Les Tragiques], «Les Fers»); «Lamant mis a sa fiance en ami». (DESCHAMPS, vol. II, p. 107); «Il n'y a pas de fiance en la faveur des mauvais maîtres». (LA BOÉTIE); «N'eust été la fiance que j'ay toujours eue pour vostre vertu et prouesse». (BRANTÔME); «Commandant aux ouvriers à ouvrer (travailler) sur la fiance de leur garde». (FROISSART); «Nos pères ont leur fiance en toi mise». (MAROT, Trad[uction] du psaume XVIII, [Psaumes]); «Mais si la fiance / Vous tient en séjour, / Ayez confiance d'avoir mieux un jour». (DES PÉRIERS, Chanson d'un amoureux); «Un soldat romain doit avoir plus de fiance en sa main dextre qu'en la gauche». (MONTAIGNE). Je pourrais remplir vingt feuillets de citations d'anciens auteurs où entre le mot fiance. On le rencontre dans La Chirurgie de H. de Mondeville, dans la Réponse aux 100 Ballades, dans Des quatre tenz d'aage d'ome, dans Le Mystère du Vieil Testament, etc.
   Le sens du mot varie dans certains cas. Par exemple, il se prend pour serment de fidélité dans Floire et Blancheflor; il se dit pour certitude,
dans [le Roman de] Guillaume de Dôle.
   Ailleurs c'est la forme qui diffère en même temps que le sens. Orson de Beauvais (v. 3085) écrit: «Et se il vous croit, alez li fiancer», c.-à-d., lui en faire serment. Dans Villon: «Je vous affie, / Qu'elle est en telle reverie»; il faut traduire par je vous affirme, je vous assure. Les Narbonnais [Le Livre des] 100 ballades (la 26e), La Vie de s[aint] Gilles donnent également affier avec le sens tantôt d'affirmer et tantôt d'avoir confiance. On trouve même fi pour confiance; aussi affy.
   L'ancienne langue avait aussi affiance, conservé par les Anglais.
   C'est sur fiance qu'a été formé fiancée; gracieux vocable que les langues étrangères nous empruntent, ne pouvant l'escamoter. Aussi fiançailles.
   Le serment de fiance était le serment de fidélité que le vassal prêtait à son seigneur.
   Et ce mot n'est pas au Dictionnaire de l'Académie, n'est pas officiellement français par conséquent, parce qu'il a plu à Malherbe de le rejeter!

   FIAT. (Le t sonne). [Con]fiance.
   Il n'y a pas de fiat à ce qu'il dit; Je ne mets pas grand fiat à ce qu'il promet; Il n'y a pas de fiat à faire sur cet homme-là.
   Le mot a cours dans quelques-uns des parlers dialectaux de France, notamment au nord-est de la République.

   FICHER. Semble une forme atténuée d'un mot grossier que la décence ne permet pas d'écrire: ficher le camp: décamper prestement; Je m'en fiche; je m'en fiche comme de l'an quarante: je m'en moque, cela m'est totalement indifférent; Je me fiche de ce que tu me dis: je m'en occupe nullement; ficher une tape: donner un soufflet; ficher des coups: rosser, battre; se ficher de quelqu'un: ne pas s'en occuper; ficher par terre: jeter à terre.
   Le terme est plutôt populaire.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.