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FONTAISE
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FORLAQUER

fondeur de l'eau. Les fonds de pêche de Terre-Neuve sont les grands fonds.
   Nous disons, dans un autre sens, sans le s final: le fond de l'air: le fond de l'air est cru.

   FONTAISIE. Déformation de fantaisie. Comme le mot nous vient de la Grèce, il n'est pas étonnant qu'il ait changé sur la route. Si cela pouvait le justifier, nous dirions que nous le tenons directement des Normands.

   FORBIR. Fourbir. C'est ainsi que l'on disait dans la vieille langue: «Or vos gardes de m'sepée forbir». (Raoul de Cambrai); «Et çainst l'espée dont li brans fu forbis». (Huon de Bordeaux); «D'une espée forbie et blanche». (Lancelot [du Lac]); «Nettement tient son cuer qui ainsi le forbit». (JEAN DE MEUNG, Testament).
   On trouve furbies dans la Chanson de Roland. Les Provençaux disent comme nous: forbir. En wallon horbi; en anglais furbish.
   Le mot est d'origine tudesque. Les scribes ont allongé le o en ou, croyant que le mot venait de Rome.

   FORBISSAGE. Pour fourbissage. La journée ou plutôt la jorné du grand forbissage, aux Îles-Madeleine, est la journée du grand ménage.

   FORÇAILLE (Au). Au pis aller, s'il le faut absolument: Au forçaille, je le ferai.
   Je n'ai pas trouvé l'exacte locution dans les vieux auteurs, mais j'en ai trouvé plusieurs qui s'en rapprochent: «Mais, au fort, c'est ung estat neuf». (COQUILLART). Une note de [Charles d']Héricault dit que au fort signifie au pis. «Au fort, il ne m'en chault». (DESCHAMPS, [Poèmes], Ballades, vol. VI, p. 222); «Et au fort lui commanda qu'elle disist la vérité». (LA TOUR); «Les Italiens usent du mot stagion qu'ils ont pris de nous; et leur est bien force, veu qu'ils n'en ont point d'autre». (ESTIENNE, Precellence [du langage françois]);
«Elle disait que de force forcée ça arriverait un jour». (Jacquou le croquant). En tout cas, le mot nous vient de la France

   FORÇANT. Qui demande beaucoup d'efforts; pénible; fatigant: C'est un travail bien forçant. L'expression s'entend dans le centre de la France.

   FORCER. Faire effort: «L'élan traverse à la nage un grand lac... sans se forcer». (LESCARBOT).
   Le terme a d'autres acceptions: Ça force, c'est difficile; Le pain manque, il faut forcer sur les patates; La pêche est-elle bonne? — Ça ne force pas.

   FORÇURE. Foie d'un animal de boucherie. Déformation de fressure.

   FORGEAGE. Action de forger. Le mot est dans Littré.

   FORGEON. Forgeron. Forge, forger, forgeur donnent forgeon. On explique malaisément la genèse de forgeron. Fabrica et fabricare, d'où les savants tirent le mot, donneraient plutôt forgeon que forgeron.

   FORLAQUE. Qui manque à ses devoirs. Se dit surtout, des personnes, du sexe!: Cette femme est forlaque.

   FORLAQUER. Forligner, manquer à ses devoirs. Se dit en parlant des femmes.
   Forligner, dans l'ancienne langue, était le terme dont les écrivains faisaient usage. Forlaquer courait parmi le peuple.
   Quand Madame de Sotteville apprend que sa fille ne tient pas vis-à-vis de M. George Dandin, son gendre, la ligne de conduite qu'elle devrait: «Jour de Dieu! dit-elle, je l'étranglerais de mes propres mains, s'il fallait qu'elle forlignât de l'honnêteté de sa mère». Et M. de Sotteville, pour ne pas être en reste d'indignation, ajoute: «Je lui passerais mon épée au travers du corps, si elle avait forfait à son hon-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.