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GABARUS
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GABOTER

noncé en France par le peuple: a guieu; yarni gué; marguienne; pardienne! Pour diable, c'est gauble, guibe, guieble.
   Un écrivain contemporain, M. A. Gentry, intitule l'une de ses poésies, composée en langue dialectale du perche: «Lez agueux (les adieux) d'ein péisan du Perche à son bouri». Ailleurs, il écrit: le bon Guieu. Dans toutes ces manières d'épeler, le d et le g se confondent.
   Jules Roujat (Essai de syntaxe, p. 130), nous dit que, dans le patois de Vinzelles (midi de la France), le son provenant de g devant u est identique à celui qui provient de d [devant] et i.
   Molière s'y est essayé dans le Médecin malgré lui et dans Dom Juan, sans y autrement réussir: «Mon Guieu», s'écrie un de ses paysans.
   Avant lui Cyrano de Bergerac avait écrit: «Guieu béni la chrestienté».
   Guerre, que Froissart, Henri de Valenciennes et d'autres auteurs du XVIe siècle, écrivent gherre, faute de pouvoir en mieux noter le son, se prononce djerre, ou quelque chose d'approchant, en Acadie. Quai se dit tchai et gaîté, d'jaité.
   Comment prononçait-on la consonne g, à Rome, devant e, i et certaines diphtongues? Comment les légionnaires romains établis dans les Gaules la prononçaient-ils? Nous ne le savons pas précisément, mais nous savons que gaudere nous a donné jouir, et gaudia, joies et que, par conséquent, elle s'adoucissait dans certains cas, tout comme le d de diurnum qui nous a laissé jour.
   Comme à Rome, comme en France, comme dans toutes les langues sorties de la latine, le g et le c se permutent en Acadie: difficulté donne diffigulté, caboter (cap et bot, boat en anglais, naviguer de cap en cap) se prononce gaboter; calfeutrer, galfeutrer; secret, segret; Claude, Glaude (sainglaude); second, segond; canif, ganif; nicher, niger; dénicher, déniger; revanche, revenge. D'autre part, fatigue se dit fatique, fatiguer, fatiquer; jucher,
jouquer. Les Cotereau de France sont des Gotereau en Acadie et les Calvin, des Gauvin. Cette permutation du c et du g remonte, paraît-il, jusqu'aux origines orientales de la langue:
   «Le g final des mots français n'était qu'une graphie; il s'était toujours prononcé k, jusqu'au XVIe siècle». (ROSSET). C'est ainsi que le nom propre Bourg se prononce et s'écrit Bourque en Acadie. Il a donné Burk aux Irlandais.

   GABARUS. Nom donné par les Français à une station de pêche, distante d'une couple de lieues de Louisbourg, et que les Anglais désignent toujours du même nom. Le gabarus était un poisson dans la vieille langue.

   GABES. Moquerie, tromperies.
   Ce mot, fort en usage, jadis, très cher à Ronsard, et que les Anglais ont conservé, nous revient ainsi que gaber.

   GABION. Abri fait avec de la neige ou des blocs de glace, et derrière lequel se cachent les chasseurs de gibier à plumes. Anciennement le gabion était un abri en terre, protégeant les soldats à l'attaque d'un endroit fortifié.

   GABIONNER (Se). Se cacher derrière un gabion: «Ils avaient en partie (par la vertu des femmes qui se gabionnaient de corps morts) repoussé l'ennemi». (AUBIGNÉ, H[istoire universelle depuis 1550 jusqu'en 1601], I, 50). L'italien gabione veut dire un grand panier.
   En Anjou, se gabionner, c'est se bien couvrir.

   GABOTAGE. Cabotage. On trouve gabotage dans [le] Trévoux. (voir gaboter).

   GABOTER. Caboter. Faire la petite navigation, par opposition à la navigation au long cours. Le mot, je crois, nous vient d'Italie. Il a été trans-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.