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GABOTEUX
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GÂGNE

porté à la scène, où le cabotin est un acteur qui va de théâtre en théâtre, comme le navigateur côtier va de cap en cap.
   Quelque part en France, gabot se dit pour une mare d'eau.

   GABOTEUX. Caboteux, qui gabote. Ce terme de marine est aujourd'hui d'un emploi tout à fait terrestre parmi les Acadiens. J'ai beaucoup gaboté cet été veut dire: J'ai beaucoup voyagé aux alentours.

   GACHE. Jurement blanc, identique au gosh anglais: «Mais les aultres luy disoient qu'il n'estoit senon un gashâtre, qui est à entendre ung coquart ou apprentig». (Le Procès des Coquillards).

   GACHILLER. Fréquentatif de gâcher.

   GADELIER. Groseillier à grappes. Littré le définit: «L'un des noms vulgaires du groseillier rouge».

   GADELLE. Variété de groseilles; groseille en grappes.
   La gadelle noire, c'est le cassis, dont on fait une liqueur estimée.
   Avoir les yeux à la gadelle, c'est faire des yeux en coulisse. S'applique aux amoureux.
   Dans certaines localités, gadelle est un euphémisme pour le jurement favori des Anglais, goddam, et gadeler se dit pour godammer.
   Beaucoup de Français disent godon, pour goddam.
   Le blasphème était honni chez les Acadiens d'empremier. De même que les Micmacs et les Souriquois, peuples aborigènes de l'Acadie, ils n'avaient pas de mots pour l'exprimer: aucun jurement dans leur vocabulaire. Des mots déformés et ne rappelant en rien la laideur de leur origine: bouffre, satrédgié, saladjienne constituaient la somme presque totale de leurs jurons. C'étaient, si l'on peut dire, des succédanés inoffensifs.
   Vinrent les Anglais, avec leur juron national, goddam. Celui-ci leur parut trop énorme pour leur bouche, ils lui substituèrent gadelle.
   La Confédération leur a malheureusement apporté toute une flore — les fleurs du mal — de termes blasphématoires, qui s'acclimatèrent petit à petit.
   Le juron principal des Canadiens français est sacre. Le mot sacre s'est répandu comme une huile, en certaines parties de l'Acadie. Mais sacre est-il bien un jurement, même atténué?
   Le sacre était un oiseau de proie dans la vieille France et, jusqu'au XVIIe siècle, il a servi, par extension, à désigner un homme de proie. Il peut se faire que notre mot sacre s'y rattache. On peut le supposer, en tout cas.

   GAFFER. V. [forme] a. et pronom. Saisir rudement, se prendre pour lutter ou se battre: Je l'ai gaffé au collet; Ils se sont gaffés.
   Nous avons transporté à terre ce vieux terme maritime, dont le sens propre est de saisir, accrocher avec une gaffe.

   GÂGNE. Subst. masc. Gain, profit, bénéfice. L'accent circonflexe remplace l'un des deux a qu'avait le mot gaagne dans l'ancienne langue. Gâgne est féminin aux Îles-Madeleine et aussi, m'assure-t-on, au pays de Québec.
   On trouve gaagne, gaaigne, gaain, gaaign et aussi gaagnage, gaangnier dans les vieux auteurs. Gaagne se disait surtout pour le gain d'un procès: «Mais il ne peut de sa gagne / Suffisamment vivre sur terre». (Roman de la Rose); «Soit à perte, soit à gaigne», écrit C. Marot.
   Chapelain emploie la même orthographe: «Quand il se trouvait en gaigne».
   Dans la Commission royale donnée au marquis de la Roche, en 1598, par Henri IV, nous lisons: «Gaignages et profits mobiliaires provenus de la dite entreprise»; «Amasser par loisibles




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.