page



GASPILLER
- 232 -
GÉNITIF

   GASPILLER. Gâter. Se dit aussi des personnes: gaspiller un jeune homme; Cet enfant a été gaspillé.

   GÂTER. La locution: Ça ne gâte pas veut dire: Ça ne fait rien; c'est égal. Gâter de l'eau, c'est uriner.

   GATTE. Alose. Clupea finta. D'où vient le mot? On ne le trouve pas dans Champlain, quoique le normand ait gade, poisson du genre morue. Gode en vieux français; cod en anglais.
   Le Suédois a gadd, mais ce n'est pas le nom d'un poisson, non plus que gata, en latin, qui signifie un vaisseau fait en rond. On trouve gatus, avec la même signification dans Du Cange.
   Hakluyt se sert du mot gatte dans son rapport du voyage de Roberval, en 1542, et Jacques Cartier (1er voyage, 1534) nous dit que la morue s'appelle gadagoursère dans la langue des Sauvages aborigènes.
   On lit dans [le] Supplément de Littré: «Gate, poisson ainsi nommé à l'île d'Oléron, dit convreau et couvreau dans la Loire. C'est la feinte, alosa finta de Cuvier». Il y a des descendants d'Acadiens établis à l'île d'Oléron.

   GAUDI. Réjoui, fou de joie: Ils sont tous gaudis. C'est une expression plutôt canadienne. Du latin gaudere, se réjouir. [voir jargaudi]

   GAUVAIN. Nom propre. Ce mot a subi différentes transformations en France. Le fameux Calvin était un Gauvain. Dans les romans de la Table Ronde par Chrétien de Troyes, un Gauvain est le héros de toutes les prouesses, de vertus chevaleresques. Beaucoup d'Acadiens portent le nom de Gauvain [ou Gauvin].

   GAVAGNER. Dissiper, dépenser follement: gavagner son argent.

   GAZON. Se dit aussi pour un glaçon, surtout un glaçon flottant: un gazon de glace; tailler de beaux gazons pour une glacière.
   On dit gazon, en Anjou, pour glaçon, tout comme en Acadie.

   GAZOUIL. Gazouillement, gazouillis: le gazouil des oiseaux.
   Le mot est rapporté par Godefroy.
   «L'agréable gazouil des oisillons». (Histoire de la V. Marie, XVIIe siècle).
   Le mot était fort en usage, en France, au XVIe siècle: «Une fontaine naturelle dont le gazouil et la cascade auraient fait danser un malade». (Richer, Ov[ide] bouffon, cité par Brunot).

   GEIGNEUX. Geignant, qui geint, qui se plaint.

   GEINT. Subst. Plainte, gémissement: Il a fait entendre un geint. Geint est à geindre, ce que plaint, est à plaindre.

   GELAUDER. Commencer à geler, geler légèrement: Les patates ont gelaudé la nuit dernière; Il s'est gelaudé les doigts.

   GELER. Se dit aussi pour se couvrir de givre: Il fait un gros froid; les vitres sont gelées.

   GÉNIE. Se dit pour intelligence, esprit, comme dans cette phrase: Cet enfant n'a pas de génie. Ou dans cette autre: Il n'a pas tout son génie. Ou encore: Il ne réussira pas, il manque de génie.
   «Toutes choses qui élèvent le génie». (LA BRUYÈRE, [Les Caractères], «de la Chaire»). «Donne ordre que sous ton génie / Se termine cette manie». (MALHERBE, [Poésies], «À la Reine»).
   Un sans-génie, chez les Canadiens, est une personne bornée, un sot.

   GÉNITIF. Les flexions ont cessé d'exister dans l'idiome français depuis bien des siècles.
   L'antique génitif, représenté en français contemporain par la préposition de, comme dans domus Petri, la maison de Pierre, subsiste encore dans




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.