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GEVILLE
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GINGUE

   GEVILLE. Cheville.

   GEVILLER. Cheviller.

   GIANT. Géant. Du latin gigantem. On trouve le mot épelé de diverses manières dans l'ancienne langue. D'abord il y a gyant, comme ici. Dans Flore et Blancheflor, c'est jaillant; dans [La Chanson de] Roland, jaians; dans Benoît [de Sainte-Maure], jaianz; dans le Roman de la Rose, jaiant; dans Jean d'Arras ([Roman de] Mélusine), gayant; puis enfin, géant. Les riverains de la Moselle disent jaillant.

   GIBARS ou GIBARDS. Gestes ridicules, contorsions de clown, bouffonneries: faire des gibars.
   Il y a un cétacé mâle, le balaena physalus, que nos marins aussi bien que ceux de France appellent gibars: «Les grandes baleines desquelles j'ay veu une infinité, particulièrement à la Baye de Gaspey nous importunoient... par leurs soufflements, et les diverses courses des gibars après elles qui nous estoit une interruption sans remède». (SAGARD, 130).
   Le mot paraît avoir été formé sur l'ancien mot français giber, se débattre des pieds comme un pendu. Le radical alors serait gibet. D'après Rondelet (Littré, Supplément) gibbar vient de gibber, bosse dorsale. Il y a aussi l'arabe djebbar, géant, auquel notre mot pourrait se rattacher.

   GIBIER. Ne se dit que du gibier à plumes, de la gent ailée.

   GIBOIRE. Se dit chez les Canadiens d'un collet à noeud coulant fixé à une branche recourbée, avec lequel on prend le lièvre au passage: «Tendre à la giboire». (CASGRAIN). C'est le collet des Acadiens et des Français.

   GIGIER. Gésier. Du latin gigerium, entrailles de poule.
   Dans tous les dialectes de France, la première syllabe du mot est gi-, au lieu de gé-, conformément au radical. Comment se fait-il qu'un e ait été mis
à la place du i dans la transcription de ce mot?
   On trouve gisier dans [le] Palsgrave. Le mot s'est aussi écrit jousier, jusier, juisier: «Boire jusques au juisier». (DESCHAMPS, [Poèmes], «Le Miroir de mariage», v. 6504).
   Ménage (XVIIe siècle, Curiositez françaises) écrit gisier: «Bien des gens à Paris, observe-t-il, disent gisier».

   GIGLER. Gicler, jaillir: Le sang giglait de la blessure; «(Vive) la fraîcheur où tu gicles! Sur les verres de nos besicles, / Sang des oiseaux». (ROSTAND, Chantecler); «De l'eau qui gicle est une onomatopée excellente que nous trouvons partout, excepté dans le Dictionnaire». (STOPPER, De quelques jargons).

   GILET. Nous donnons à ce mot le sens qu'il avait autrefois et qu'il a encore en France: celui de veste courte, sans manche, se portant sous la redingote. Au Canada, le gilet est un veston, une veste.

   GINGEOLANT. Égrillard, gai, folâtre.
   Semble se rattacher à gingue à moins que ce ne soit un terme maritime transporté à terre.
   Les marins de l'Anjou disent: La vergue gingeole (branle); elle va bientôt tomber.
   «Un jour que le Prince de Galles étoit en gogues» (gaîté). (FROISSART).
   Gogues est le primitif de goguette. Il est possible que tous ces mots aient le même radical éloigné.

   GINGUE. Être, se mettre en gingue, c'est se livrer à une gaîté gesteuse et folle.
   Un poulain en gingue: qui sautille.
   Nous disons aussi d'une personne qu'elle est en gingue.
   Semble dériver de l'islandais gigia, un violon. La haut allemand a le mot gîge, et l'anglais gig, sorte de danse animée. Le mot se retrouve en proven-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.