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GINGUER
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GO, GOT, GAU

çal, en espagnol, en italien, à peu près sous la même forme.

   GINGUER. Se démener joyeusement; sautiller de joie.
   Se dit d'un poulain qui gambade. Ginguer, dans le Berri, c'est donner une ruade.

   GLACE. Verre à boire. Cette déviation de sens est due à l'influence du mot anglais glass. La langue verte s'est emparé du mot avec le sens que nous lui donnons.

   GLACER. Se couvrir de glace; geler:   «Où la mer glace fort épaisse». (DENYS, vol. II, p. 42).

   GLACIS. On appelle glacis, aux Îles-Madeleine, des pièces de bois dont on se sert pour la construction des quais.

   GLAIS. Glaïeul: «Dedans une grant chambre painte / Jonchée de flors et de glai, / Si com dois est le mois de mai». (Dolopathos); «Et vivre d'erbes et de glaiz». (Tristan); «Plaisans odours de roses et de glay». (DESCHAMPS).
   L'ancienne langue avait aussi glaire pour glaïeul.

   GLAUDE. Nom propre pour Claude: «Glaude est la prononciation savante». (ROSSET).
   Un saint-glaude (ou sainglaude) est un martin-pêcheur en Acadie.

   GLOIRE. Vanité, fierté, orgueil: Il fait ça par gloire; C'est la gloire qui le fait agir.
   Le mot était entendu dans le même sens, aux XVIe et XVIIe siècles, et sans doute auparavant.
   «Il y a une autre sorte de gloire, qui est une trop bonne opinion que nous concevons de notre valeur». (MONTAIGNE); «Ce que c'est que la gloire! Comment elle pénètre le coeur des plus barbares»! (BRANTÔME); «Les reproches étaient fondés sur la gloire plutôt que sur la jalousie».
([SÉVIGNÉ, Lettres, Manuscrit] Grobois, IV, p. 437); «C'est à ces actions que la gloire le porte». ([MOLIÈRE,] Misanthrope, acte V, scène I); «J'ai été plus alarmée de voir la gloire et la hardiesse de Mlles de...». (MAINTENON à Mme de Fontaine).
   C'est de gloire, prise dans ce sens, que vient le mot glorieux, synonyme de vaniteux, et aussi gloriole.

   GLORIEUX. Le mot comporte ici un sens de hauteur, de vanité hautaine, plus marqué qu'il ne l'est à l'Académie:
   «Je craindrais... que tu ne m'en fasses glorieux». (LA BOÉTIE); «Et que trop glorieux (les riches), ils se moquent de nous, / Portant, à nos dépens, le satin, le velous». (Poésie normande).

   GO, GOT, GAU. Gosier.
   Go- est le primitif monosyllabique de gosier, égosiller, goût, dégoût, dégoiser, gober, se goberger, bagout, égout, engloutir, glouton, glotte, gobelet, godailler, goéland, golfe, gogo, goinfre, goret, gouffre, gargotte, goule, goulet, goulot, goulu, gourmand, goûter, gueule, jargon, ragoût, rigole, sanglot, argot, gigot, c'est-à-dire de toute la tribu des mots en go-, en gou-, en gob-, en god-, en gus-, et j'ose ajouter, en gol-, en glo- et en glou-, que l'on trouve dans les langues qui se réclament de l'indo-européen, à savoir le grec, le latin, le français, le germanique, le slave, le celtique.
   Got est universellement employé pour gosier chez tous les Français issus d'Acadiens: à la [en] Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, à l'Île-du-Prince-Édouard, au pays de Québec, aux Îles-Madeleine, au Labrador, aux états de la Nouvelle-Angleterre, à Terre-Neuve, à la [en] Louisiane, dans toute l'Amérique du Nord. Et ce n'est pas un vocable par nous inventé et créé; c'est un radical pris en Touraine et au Berri et transplanté en Amérique au commencement du XVIIe siècle avec ses boutures, ses marcottes et ses rejaissons.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.