page



GODILLE
- 238 -
GOULE

un tranchant: «Ils estoient recaciet ens de leurs ennemis à plançons et à goudendars». (FROISSART); «Despié de haiche et godendart». (DESCHAMPS, [Poèmes], «Le Miroir de mariage»).
   Se dit, au figuré, d'un homme ennuyeux, dont les histoires sont longues à n'en plus finir.

   GODILLE. J'en emprunte la définition au Littré: «Aviron qui, placé dans une entaille arrondie sur le derrière d'une embarcation, sert à la faire avancer et à la diriger»; aller à la godille.
   On dit, ironiquement, d'une femme qu'elle marche à la godille lorsqu'elle marche en se tortillant le croupion.

   GODILLER. Faire avancer une embarcation au moyen d'une godille.

   GODRON. Goudron. Godron est dans Ménage. On dit godron, et non goudron, dans le centre de la France et le long de la Moselle. Des savants prétendent que le mot nous vient des Arabes. Il n'en faut pas jurer.

   GODRONNER. Goudronner. C'est un mot de la vieille langue. Godron et godronner, que l'on trouve à l'Académie, ont des sens tout à fait différents. Le radical des deux mots n'est pas le même.

   GOÉLICHE. Hirondelle de mer; sterno hirundo.
   C'est un oiseau cosmopolite, voyageant d'un cercle polaire à l'autre, à ce que l'on prétend.

   GOGUELU. Oiseau chanteur; le bobolink de l'Union ornithologique d'Amérique. Ajouterai-je: Genre passereau dentirostre; famille des ictéridés? Maître Macé Goguelu est un personnage que l'on trouve dans Coquillart (XVe siècle).

   GONDOLER (Se). Se balancer en marchant comme une gondole qui penche d'un côté puis de l'autre.
   GONFLE. Gonflé: ma poche, mon sac, est gonfle.

   GORLOT. Métathèse de grelot.

   GOSSER. Mot canadien qui se dit chacoter en Acadie. Enlever, avec un canif, de légers éclats de bois pour passer le temps ou s'amuser.

   GOUAILLE. Plaisanterie: Il entend bien la gouaille, c.-à-d., la risée, le mot pour rire. Le mot se dit encore dans le centre de la France.
   C'est de gouaille que le verbe gouailler a été formé.

   GOUAILLEUX. Gouailleur.

   GOUDRIER. Se dit pour coudrier aux Îles-Madeleine.

   GOUFFE. Gourd: Avoir les mains gouffes, c'est avoir les mains engourdies par le froid.
   Se dit aussi d'un instrument tranchant mal aiguisé: Le taillant de ma faux est gouffe.
   Cotgrave traduit le mot par: «Dull, sottish, doltish, lumpish, flockish, heavie-headed, grosse-witted».
   On trouve gouffe dans Henri Estienne, ([Deux] dialogue [du nouveau langage françois italianizé et autrement desguizé, principalement entre les courtisans de ce temps...]) et dans d'autres auteurs.

   GOULE. Bouche. Le mot n'a aucun sens péjoratif en Acadie.
   On embrasse sa bonne amie sur la goule; on donne aussi sa main sur la goule pour souffleter. Le mot s'applique aux personnes. Pour les animaux, c'est la gueule.
   «J'caus'rons comm' j'avons la goule faite». (NIGOND); «Ves chi mon gage, et je vous le plévis / Que je li ferai par la goulle jehir». (Huon de Bordeaux).
   Le mot de bouche vient du latin bucca; goule et gueule viennent l'un et l'autre du latin gula.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.