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GRU
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GUERNOUILLE

   Je détache de l'Ancien Théâtre français (vol. IX, p. 24): «Notre fille ne grouille ni ne nipe».
   Se grouiller se dit (ou se disait) à Paris, aussi bien qu'au Nouveau-Brunswick, pour se hâter, se dépêcher: Allons! grouille-toi, ton ouvrage avance à rien; Grouille-toi, si tu veux finir de métiver ta planche aujourd'hui.
   Grouiller s'emploie aussi comme verbe actif: grouiller une chaise, la changer de place; Je ne peux pas grouiller cette pièce; elle est trop pesante.
   L'emploi de grouiller, comme verbe actif et pronominal semble confirmer l'étymologie que lui donne, en hésitant, le Dictionnaire de Littré: co-rotulare.
   Grouiller a le même radical que crouler, le c et le g se permutant. Croller en normand, grouler en berrichon, appartiennent à la même famille de mots.

   GRU. Grosse farine, intermédiaire entre la fine fleur et le son. C'est avec le gru, mêlé d'un peu de farine blanche, qu'on fait le pain bis.
   De toute évidence, gru est ce que l'on se plaît à appeler un mot bas, c'est-à-dire, à l'usage du peuple. Ces mots-là ont presque tous une provenance germanique ou celtique.
   De gru vient le mot gruau, en vieux français gruel, et qui se dit grou, en Bretagne. Les Anglais on conservé gruel, ainsi que des milliers d'autres mots également excellents, que le Dictionnaire a fait perdre à la langue, en ne les enregistrant point. Gruau est à l'Académie, mais non pas gru, ni gruel: «On appelle gruau, à Paris, en Anjou, en Normandie, etc., la farine d'avoine avec laquelle on fait une sorte de bouillie délicieuse». (MÉNAGE).

   GRUCHER. Grimper: grucher dans un arbre; sur une clôture. Nous disons aussi: se grucher.
   Grucher et jucher paraissent avoir la même origine.
   GRUGEON. (?): Égruger le blé et vous avez de beaux grugeons.

   GRUPPER. Accrocher. Même signification en argot.

   GUENER. Maugréer, trouver à redire, n'être jamais content: Il guene toujours.
   Vient possiblement de guenon, femelle du singe. Le haut allemand a guena, femme. Guener pourrait aussi avoir le sens d'une femme acariâtre, qui maugrée.
   Guener, en Normandie, se dit pour mendier.

   GUENILLE. Nous lui donnons aussi le sens de bandage: Il faut mettre une guenille à mon doigt, il saigne.
   Au figuré, une guenille est un homme qui n'a pas de volonté, un caractère mou: Il n'a pas de volonté, c'est une guenille.

   GUERDONNER. Récompenser. Cette expression se rattache à la vieille langue où guerdon, récompense, était d'un emploi universel.

   GUÈRE S'EN FAUT. Nous disons: guère s'en faut pour il ne s'en faut guère.

   GUÉRÊT. Jachère. Nous n'employons guère le mot que dans cette phrase: Guérêt à patates. C'est de la terre où des patates (pommes de terre) ont été plantées et qu'il suffit de herser pour y semer du grain, sans avoir à la labourer. Je ne crois pas exacte la définition de ce mot telle qu'on la trouve à l'Académie.

   GUERNIER. Métathèse de grenier. On trouve guernier ou garnier dans l'ancienne langue.

   GUERNOUILLE. Métathèse de grenouille. En vieux français, renouille.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.