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GUERNOUILLE
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GUSTIN

   GUERROUÉE. Pourginée, ribambelle: Quelle guerrouée d'enfants ils ont! Voyez donc cette guerouée d'enfants autour de la table! ce tas d'enfants!
   Le mot nous vient des Canadiens.

   GUERTILLER. Ça fait guertiller; ça fait frissonner.

   GUETTE. Étançon, étai, soutien de charpente. C'est un terme de construction, l'équivalent de l'anglais brace.
   On met de bonnes guettes à une charpente pour empêcher le vent de l'ébranler.
   Je trouve dans Cotgrave: «Esplijguette. A small pin, Normand. Also a pruning iron».
   Nous mouillons le g de guette comme d'ailleurs tous les g suivis de la voyelle u. Le j introduit par Cotgrave dans esplijguette montre que le mot se mouillait de son temps. Le vieux français avait aussi échanguette dans le même sens.
   Guette a-t-il le même radical que guet?: «Parbleu, voilà deux hommes de boune guette». (IVe Conférence).
   «Tant que les guietes m'aperçurent...» (Roman de la Rose, v. 15076); «Si Deu ne garde la meson, / En vein travaillent li mason; / Si Deu de tot n'en est gardein / Cil qui la gaite la garde en vein». (Les Heures [les Plaintes] de la Vierge, cité par Tanquerey).

   GUETTER. Nous donnons aussi à ce mot le sens d'attendre: Voilà à une heure que je te guette. C'est le wait des Anglais.

   GUEULE-DE-LOUP. Loc. C'est, au jeu de barreau, mettre une dame
dans une position où il est impossible à l'adversaire de la rembarrer.

   GUEULE MORTE. Loc. Pour les Canadiens, c'est bouder, s'obstiner à ne pas parler: avoir la gueule morte.
   Les Acadiens disent plutôt dans le même sens: gueule-de-bois, faire gueule-de-bois.

   GUIPON. (La diphtongue gui est mouillée). Gros torchon attaché au bout d'un bâton, et avec lequel les pêcheurs lavent et nettoyent l'intérieur de leur embarcation. Ils s'en servent aussi pour goudronner. Sur terre, c'est avec un guipon qu'on nettoie les fours à cuire et qu'on lave les vitres, du dehors. Le guipon avec lequel nous nettoyons nos fours à cuire s'appelait escovillon, en vieux français, s'il faut en croire Godefroy. On avait aussi le mot essuyon.
   «L'on a un bouchon de laine emmanché au bout d'un bâton, que l'on appelle un guypon». (DENYS, vol. II, p. 130).
   Guipon et goupillon sont apparemment le même mot, le second étant un diminutif du premier. Je soupçonne l'anglais to wipe, essuyer, d'appartenir à la même famille: le w anglais se permute souvent en g, en passant au français. On pourrait, peut-être y rattacher aussi vinpilon, que Palsgrave définit [par]: strenkyll to cast holy water.
   Il y a encore jupon, gipon dans Villon et Rabelais qui offre quelque ressemblance avec guipon. Mais jupon nous vient de l'arabe, à ce que l'on prétend. Et puis il y a le goupil, renard du Roman de Renart.

   GUSTIN. Nom propre: Augustin.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.