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H

   H. Est aspiré en Acadie dans tous les mots où les Français l'aspirent. M. Sylva Clapin (Dictionnaire canadien-français) nous dit que «cette lettre est rarement aspirée» chez ses compatriotes.
   Cette aspiration est due à une lointaine influence germanique. Les Francs ont donné à la Gaule la plupart de ses h aspirés. Le h latin, au siècle d'Auguste, n'était pas aspiré comme le démontre l'élision des versificateurs. L'aspiration n'est venue que très tard.
   Le h aspiré, d'après certain[s] savant[s], serait d'origine phénicienne.
   «Les Bretons... ne manquent guère à prononcer les h qui doivent être aspirés; mais quand ils les aspireroient un peu moins fort, ils ney feroient que mieux». (HINDRET, XVIIe siècle).
   En gascon, presque tous les f sont devenus des h. Les Italiens modernes n'ont presque plus de h aspirés.

   HABILLAGE. Nous avons conservé de l'ancienne langue le mot habillage avec sa signification antique qui est la préparation des volailles et de toute viande de boucherie.
   Les pêcheurs s'en servent dans l'habillage du poisson. Nicolas Denys consacre tout un chapitre à la «la manière de faire l'échafaut pour l'habillage de la morue».

   HABILLEUX ou HABILLEUR. En langue maritime, celui qui habille le poisson, la morue, c.-à-d., qui la vide, l'accommode, l'écorche.
   Les habilleurs de phoques, au Labrador, sont ceux qui enlèvent aux phoques leur habit et qui les dépècent. Habilleur s'est dit pour chirurgien en vieux français.
   HABITANT. Sous le régime français, on appelait un habitant le tenancier qui s'établissait à demeure au Canada sur une terre qu'il prenait à redevance, en opposition à ceux qui n'y faisaient qu'un séjour temporaire comme les fonctionnaires, les soldats, les coureux-de-bois. De tenancier, l'habitant est devenu propriétaire.
   Le mot est resté, mais non pas sans prendre un sens légèrement péjoratif. Ceci est probablement dû au fait que, dans l'ancienne langue, manant et habitant se disaient l'un pour l'autre et étaient également méprisés des nobles et des grands: «Habitant et canadien étaient synonymes», nous dit Geoffrion, (Zigzags [autour de nos parlers]).
   Le terme habitant, en Acadie, est inusité dans le sens que lui donnent les Canadiens; c'est fermier que nous disons. Le cultivateur acadien est un fermier qui a le titre, l'entière propriété de sa terre, à l'égal du farmer anglais, à l'égal de l'habitant canadien d'aujourd'hui:    
«Quand je dis paysans (du Canada), je me trompe; il faut dire habitants, car ce titre de paysan n'est non plus reçu ici qu'en Espagne, soit parce qu'ils ne payent ni sel, ni taille; qu'ils ont la liberté de la chasse et de la pêche, ou qu'enfin leur vie aisée les met en parallèle avec les Nobles». (LA HONTAN, [Nouveaux] Voyages [de Mr le baron de La Hontan], 1684).
   Ceci montre que, déjà sous Colbert, le mot habitant s'était relevé et avait pris, dans la colonie au moins, ses lettres de noblesse.

   HACHAGE. Action de hacher.

   HACHE. Nous appelons grand-hache, une hache à équarrir, dont le




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.