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HARIER
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HAUT

sente une plante potagère en France, en même temps qu'un ragoût de mouton) est devenu une variété de fèves au Canada et, en Acadie, un gros sapin nullement comestible?
   C'est avec l'écorce du haricot, du haricot qu'on fait le tan à tanner le cuir.
   Jacques Cartier l'appelle yi. Je ne vois pas que Champlain, ni Lescarbot, ni Denys, ni La Hontan en fassent mention nulle part. Ce mot a fourni à Ménage l'occasion de perpétuer l'une de ses plus mirobolantes étymologies. Faba, écrit-il, a dû former le mot haricot et voici par quelles transformations successives: faba, fabarius, fabaricotus, faricotus, haricot par le changement ordinaire du f en h. Le changement de fève en épinette rouge n'est pas moins prodigieux.
   Haricot, dans le sens de légume, ne remonte pas très haut en France dans la langue écrite: au XVIIe siècle, tout au plus.
   Quelqu'un, qui semble bien sûr de son affaire, affirme que le mot nous vient du Mexique. Ce serait un vocable indigène de l'Amérique: ayacoth.

   HARIER. Endroit où il croît beaucoup de harts.
   [HARIOTE. Voir horiote.]

   HARNOIS. Harnais. L'on prononçait harnois préférablement à harnais, dans l'ancienne langue, et les Acadiens ont conservé cette prononciation. Les Canadiens disent aujourd'hui harnais, mais ils ont la ville de Beauharnois, fondée aux premiers temps de la colonie.
   Avant d'être un attelage de cheval, le harnois était une armure de guerrier. Villehardouin, Joinville, etc. lui donnent ce dernier sens. Quant à la manière de prononcer le mot, cette rime de La Fontaine enlève tout doute: «Un âne accompagnait un cheval peu courtois, / Celui-ci ne portant que son simple harnois». ([Fables], Le Cheval et l'Âne).
   L'Académie ne reconnaît pas que endosser le harnois soit vieux, au milieu du XVIIe siècle. Tous les auteurs du XVIe siècle écrivent et sans doute prononcent, malgré la confusion du a et du o, harnois et non pas harnais.
   «Il luy en raconta jusqu'à luy dire quel cheval de bataille il avait ce jour-là et quel harnois (ainsy parloit-on alors)». (BRANTÔME, [Vies des hommes illustres et des grands capitaines], «François 1er»).
   Rabelais écrit harnoys; et dans son recueil des: Élégies, [mascarades et bergerie], Ronsard fait rimer harnois avec tournois: «Nul mieux que toy sous le faux du harnois / Ne sait combattre aux paisibles tournois»; «Que ce jeune seigneur endosse le harnois». (CORNEILLE, Le Cid, acte V, scène II).
   Avant eux, Coquillart (Le Blason [des Armes et des Dames]) fait rimer harnois avec trois.

   HAUSSE. L'Académie définit le mot: «Ce qui sert à hausser». Nous ne l'employons que dans cette phrase, hausse de soulier. Hausse ici signifie jambière. La hausse s'attache au soulier, un soulier mou ou moccasin, c'est-à-dire en cuir non tanné.
   Les Angevins disent chausse-bas, à peu près dans le même sens.

   HAUT. Sur le haut du jour se dit pour le matin, lorsque le soleil est haut dans le firmament. L'Académie nous dit que l'expression a vieilli en France. Non pas ici. Molière l'emploie.
   De haute heure, c'est tard dans la matinée (voir heure). On trouve également haute nonne dans la vieille langue: «Et se logièrent de haulte nonne sus une petite rivière.» (FROISSART, Chroniques). Le haut mal, c'est l'épilepsie: Il tombe du haut mal; «Le haut mal à force de le mespriser» (MONTAIGNE). Les Français de France ont plusieurs autres désignations du même mal, toutes inconnues en Acadie: le mal Saint-Jean, le mal caduc, le gros mal ([dans] Eust. Deschamps), etc.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.