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HAUTEUR DES TERRES
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HEURE

Mourir au hault mal se disait aussi pour être pendu. Le hault mal était considéré au moyen âge comme une véritable possession diabolique.
   «Lorsque les Madelinots (Acadiens des Îles-Madeleine) veulent parler d'un homme de grande taille, ils disent que c'est un homme haut! Un gros homme est un homme puissant! Et cela rappelle la médiévale formule: Le haut et puissant seigneur». (MARIE VICTORIN, Croquis laurentiens).
   Haut est plus direct que grand, dans le sens de hauteur.

   HAUTEUR DES TERRES. Ligne de partage des eaux.

   HAVRER, SE HAVRER. Entrer dans un havre.

   HEIN? Forme interrogative. Nous disons aussi: quoi?
   Hein? Quoi? sont des formes familières. Plaît-il (prononcé plaît-y) est la forme respectueuse.

   HÉLAS! Faire des hélas!, c'est se pâmer d'admiration devant quelque chose: Pour dire la vérité, je ne peux pas en faire de grands hélas.

   HERBIÈRE. Nous prononçons harbière. Oesophage. Se dit des animaux seulement. On trouve erbière dans l'ancienne langue.

   HÈRE. Hargneux, de mauvaise humeur: Je l'ai trouvé hère. Entendu à la Baie-des-Chaleurs.

   HÉRÉTIQUE. Héritique [hérétique compte parmi les mots du français standard]: «Affin qu'après son trespas ilz ne le déclairent hérédicque et damné. (Pantagruel).

   HÊTRIÈRE, HÊTRÉE. Endroit où il croît beaucoup de hêtres; lieu planté de hêtres: «Quelle fraîcheur sous la hêtrée!» (FLAUBERT, Madame Bovary).
   On dit frenaie, aulnaie, hêtraie, che-
naie en France, et frênière, érablière, hêtrière, sapinière en Acadie. Ces deux finales viennent de suffixes latins différents.
   On trouve haistrière, lieu planté de hêtres dans la vieille langue.

   HEURE. Nous disons: Il est trois, quatre heures un quart, ce qui est correct et vaut mieux que trois heures et quart.
   L'expression, à une heure de soleil, signifie à une heure avant le coucher du soleil: Vous lèverez l'ancre à une heure de soleil.
   Haute heure s'entend pour à une heure avancée du matin: Je me suis levé à haute heure, aujourd'hui. Cette expression est souvent employée par les auteurs du XVIe siècle: «Ils vinrent loger de haute heure en un beau pré». (FROISSART). Ailleurs, le même auteur écrit: de haute tierce; à haute nonne. «Se lever autheur». (MONTAIGNE, je crois); «Ce qui fait le caresme si hault» (si tard). (RABELAIS, Pantagruel); «On dit: il est haute heure pour il est tard». (LE DUCHAT).
   C'est du très authentique vieux français qui remonte aux premiers âges de la langue. «Et le landemain de halte heure si vindrent à une bonne ville qui la Filée avoit nom». (VILLEHARDOUIN commencement du XIIIe siècle) (voir haut).
   Les Canadiens disent: le malade reprend haute heure ou hauteur, pour prend le dessus.
   «Faut qu'il l'éveilla et luy demanda comment il dormoit ainsi si haulte heure». (AMYOT, [Vies des hommes illustres, traduction], «Alexandre le Grand»); «J'ai ouy compter le compte d'un chevalier et d'une dame qui, dès leur jeunesse, prenoient moult grand délit à dormir hault heure». (LA TOUR). S'est dit aussi pour le soir: «Ci firent ce vendredi, de haute heure, toutes leurs gens souper». (FROISSART, Chroniques).
   En Anjou, la basse heure, c'est la brûnante. C'est la basse ore de l'an-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.