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HUILE DE CHARBON
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HUREUX

paulme, je me rendray à vous». (RABELAIS).
   Froissart dit comme nous: «Huer après». «Elle ne féset que huyer environ moi que je venais». (CYRANO [DE BERGERAC], [Le] Pédant [joué], acte V, scène IX); «Le bonhomme huche et appelle ses gens». (Les Quinze Joyes de mariage); «En vain la pauvrette... hue sa pauvre mère». (SCARRON, Virgile travesti); «Si hucent après vos et crient / Que lor fasciez asenement». (Rapporté par Godefroy); «Va, ma-t-il dit, où Francus est nourri; / Huche les vents dy que je suis marri / Contre sa mère». (RONSARD, La Franciade, liv. I); «Faites entrer, quand vous orrez hucher». (VILLON, Grand Testament); «Le soir, les pastours huchaient pour arrauder leurs ouailles éparses dans les prés». (THEURIET); «Elle hucha et demanda sa nièce». (LATOUR); — «Ils se prirent à hucher si fort qu'il semblait qu'enfer y fut vuidé». (CARTIER, 2e voyage, 1535).
   Je pourrais multiplier les exemples, mais en voilà assez pour réhabiliter ce pauvre esclave de mot que l'on montre au doigt pour en rire, en même temps que du prétendu patois acadien.
   Le v[ieux] fr[ançais] avait voucher à garantie, réclamer son droit — d'où l'anglais voucher — que l'on pourrait, je crois, rattacher à hucher: «Et quand la court aura ce esgardez, vochez (notifiez) vos garens si loing (si d'avance) que vous aiés si long jour à vos garens amener». (Assises de Jérusalem, chap. 73).
   Huchet, petit cor de chasse, est un mot picard et canadien aussi je crois: «Au son de la trompe et du huchet». (LA BOÉTIE); «Dieu préserve en chassant toute sage personne / D'un porteur de huchet qui mal à propos sonne». (MOLIÈRE, Les Fâcheux).
   En roman, l'on disait mettre à la hucher pour mettre à la criée, à l'encan: «Au fayt sos bes ucar e vendre». (Leys d'Amors). (Ses créanciers ont fait ucher et vendre ses biens.)
   Un uca (huche[u]r) est, en Provence, un crieur public, un hérault. On
trouve plusieurs fois hucheor, hucheur dans Dolopathos. Ailleurs, dans l'ancienne langue, c'est huche. «Les huchées et les trépignements redoublent». (LAMARTINE, Mémoire [inédits], d'outre tombe).
   On dit à une huchée de distance en Bretagne.
   On appelait «huche des âmes du Purgatoire», à [Le] Puy-en-Velay, un hérault nocturne portant un costume spécial, qui, chaque lundi à l'aurore, en agitant une clochette, parcourait les rues en huchant: «Bonnes gens, dormy avez assez; / Veuillez vostre coeur donner / A prier pour les trépassés, / Que Dieu veuille pardonner».
   On a fureté dans toutes les langues pour trouver le radical de ce mot, aujourd'hui honni et bafoué, depuis le celtique jusqu'au sanscrit. Pourquoi ne l'anoblirait-on pas en lui donnant le verbe latin vocare pour cousin germain?

   HUILE DE CHARBON. Pétrole.

   HUISSIER. Nous avons l'huissier de la verge noire au Parlement canadien, traduction littérale de usher of the black rod. On disait huissier à verges, du temps de sainte Jeanne d'Arc.

   HUÎTRIÈRE. Banc d'huîtres.

   HUREUX. Heureux. C'est l'antique prononciation.
   Heu dans heureux se prononçait hu comme aussi dans blesseure, gageure, etc. La déformation du mot est due à la graphie: «Tout ce qui parle bien, en France, prononce hûreux». (BÈZE).    D'après Mourgues [Traité de la poésie françoise] (1685), on disait hureux, à Paris, et aussi d'après Ménage. Cela dura jusqu'au XVIIIe siècle.
   «Et se tu es tant eüreux». ([Le Livre des 100 ballades, 9e).
   On disait aussi bienhureux. C'est encore la prononciation canadienne et acadienne, et c'est aussi celle qu'on entend en France dans plusieurs départements.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.