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JARCE
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JE

qu'au centre de la République. Au sud, c'est garba. De l'ancien haut allemand garba, même sens.

   JARCE. Gerçure, fêlure. Se dit surtout des fentes qui se produisent sur la glace, le printemps, au temps du dégel: Il y a sur la glace une jarce dangereuse. (voir garce).

   JARCER. Gercer: On a les mains jarcées; L'eau chaude fait jarcer la peau, l'hiver. On dit aussi en parlant de la glace qu'elle est jarcée lorsqu'elle est crevassée. C'est de l'ancien français. On a jarcer, concurremment avec gercer, jus-qu'à Oudin, qui a fait prévaloir gercer.

   JARGAUDI. Fringant, enjoué. Les Canadiens ont gaudi pour réjoui. Jar-gaudi et gaudi ont apparemment la même origine, gaudere, se réjouir, en latin. (voir gaudi).

   JARGEAU. Gerzeau, gesse sans feuille, lathyrus sylvestris. En langue romane gergerie signifie ivraie, mauvaise herbe. En argot, on appelait vin de gergeau du mauvais vin. Il y avait près d'Orléans, une petite ville du nom de Jargeau, qui fut assiégée et prise par Jeanne d'Arc. Sir Wm. Glasdale la défendait: «J'avais mon échappe à Jargeau, c'est un bourg sur la Loire». (PORCHÉ, La Vierge au [grand] coeur, 3e tableau).

   JARNIGOUENNE. Juron blanc apporté de France.

   JARS. Faire le jars, c'est faire le fanfaron.

   JASER. Babiller, causer; se prend toujours en bonne part. On dit d'un petit enfant qu'il jase lorsqu'il gazouille, ou s'essaie à parler.
   Le mot est à l'Académie, mais avec un sens légèrement différent.

   JASERIE. Babillage: Les jaseries d'un petit enfant qui s'essaye à parler.
   JAVASSE. Avoir de la javasse, c'est avoir de la parlette, avoir la langue bien pendue.

   JAVELAGE. Action de mettre en javelles. [Ce mot fait partie de la langue standard].

   JAVELÉ. P. p. Du blé bien javelé est du blé qui est resté suffisamment longtemps en javelle pour bien sécher.

   JAVELIER. Une faux à javelier est celle qui abat le grain de façon qu'il puisse être mis en javelle, comme du blé coupé à la faucille, comme du blé métivé: «Le javelier se compose d'une faux avec son manche et d'un clayonnage à recevoir les tiges de blé, à mesure qu'elles sont coupées avec la faux et à les disposer en belles rangées sur le champ». ([Bulletin du] parler français [au Canada], 1915, no 10, p. 461).
   Javelier se dit aussi de celui qui fait des javelles, javeleur.

   JAVELLE. Comme à l'Académie. Bon nombre d'écrivains parlent de javelles, qui, évidemment, n'en ont jamais vu:
   «Les épis tombèrent... et se redressèrent en javelles». (BAZIN, Donatienne). La javelle est couchée à plat, et les épis ne s'en redressent pas.
   Cette autre description, par André Theuriet, ne vaut pas mieux: «La batteuse engloutissait les javelles». La javelle est mise en gerbe, puis liée avant d'être portée à la batteuse.

   JAVLE. Entaille au-dedans d'un baril, où se fixent le fond et le couvercle. [Variante de jable].

   JE. S'entend pour nous, dans la conjugaison des verbes: J'avons, je savons, je pensions. Cette manière de conjuguer a longtemps balancé nous avons. Elle a même prévalu à la cour des rois de France jusqu'au commencement du Grand Siècle. Henri IV écrivait: «J'aimons les filles




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.