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LATTEUX
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LÉGER

   LATTEUX. (Pour latteur). Qui pose des lattes. C'est aussi un mot de la vieille langue.

   LAVAGE. Blanchissage: Je fais faire mon lavage par les Chinois. Le mot est à l'Académie, mais pas dans ce sens.

   LAVAILLE. Eau de vaisselle. C'est le mot usité au Canada. Nous disons lavure comme à l'Académie: «Plus de dix truyes ne boiront de lavailles». (Pantagruel).

   LAVASSEUX. Mouillé, trempé: Approchez-vous du feu; vous êtes tout lavasseux.
   Se dit aussi des chemins boueux, lavés par les pluies.

   LAVOUER. (Prononcé lavoué). Lavoir. C'est l'antique prononciation.

   LAZARD. Lézard. Influence analogique du nom propre Lazard.

   LE. Nous mettons quelquefois l'article le où il est omis à l'Académie: à dire le vrai, pour à dire vrai.
   Comme dans l'ancienne langue et dans la langue parlée en France aujourd'hui, l[e] e de le ne s'entend guère: Va l'chercher; Je l' prends. Aussi l'appelle-t-on e muet: «Vostre olifan suner vos ne l'daignastes». (Chanson de Roland).

   LÊCHE. Lombric; ver de terre, de l'espèce qui sert d'appât aux pêcheurs. Formé de êche ou esche (esca) et de l'article le: l'êche: «Vous savez que quant li pechieres (le pêcheur) veut pendre (prendre) le poisson à l'aing, il cuevre (il couvre) lon fer de l'eche et le poisson cuide (pense) mangier l'eche et le fers lon prent». (JOINVILLE); «Tu vis, par sillons verds, / De petits fourmis et de vers, / Ou d'une mouche ou d'une achèe». (RONSARD, [Gayetez], «L'Alouette»); «Pour le poisson qui prend l'hain, l'achèe c'est la mort». (LA TOUR).
   Nous pêchons la truite à la mouche et à la lêche.
   Le mot s'entend en Anjou et dans d'autres départements du centre de la France.

   LECTURE. Lecture en anglais. Se dit pour conférence. Nous donnons à ce mot la même signification: donner une lecture.
   Dans l'ancienne langue, on trouve lecture avec le sens de cours, le cours d'un professeur. C'est une autre vieille expression française qui nous revient par voie d'Angleterre.

   LÈGE (À). À vide, sans chargement:
Ma voiture est à lège; une goélette à lège; Je m'en suis revenu à lège.
   L'expression semble n'être pas connue dans le centre et le midi de la France. Nicolas Denys, gouverneur d'une grande partie de l'Acadie, mais Français d'origine, parle de «s'en retourner à vuide». (vol. I, p. 100).
   On dit à lige en Normandie. Le mot ne se rattacherait-il pas à l'anglais light, léger?

   LÉGER. Devrait peut-être s'écrire légert puisque le mot fait légerte au féminin en Acadie, sinon à l'Académie.
   Le r de léger est sonore comme dans ce vers de Voltaire: «Et du sein des buissons le moucheron léger / Se mêle en bourdonnant aux insectes de l'air».
   L'on a critiqué cette rime parce que l'on ne savait pas comment prononcer ce mot correctement. En tout cas, l'on prononçait à notre manière dans la très vieille langue: «Quandius visquet ciel reis Lothier (Tant que vécut ce roi Clotaire) / Bien honorez fud sancz Lethgiers». (Vie de S[aint] Léger).
   Léger ici rime avec Clotaire, Molière, (Tartuffe, acte IV, scène VI) fait rimer léger avec enfer.
   Nous disons: léger de croyance pour crédule.
   Cette locution nous vient de France: «Les amants sont toujours de légère




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.