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LIAISONS
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LICE

L'Académie enregistre l'expression.
   «Je scay plusieurs bons contes de tous deux, qui sont subelins et qui lèvent la paille». (BRANTÔME, [Rodomontades et gentilles rencontres espagnolles, «Discours sur les] serments et juremens espaignols»).
   Ça lève la paille est un superlatif.
   Lever le nez, c'est aller en quête de nouvelles indiscrètes: Qu'est-ce qu'il vient lever le nez par ici? Lever le nez est le geste du loup qui évente.

   LIAISONS. Il s'est introduit dans la langue officielle un certain nombre de lettres adventices qui servent de liaison ou de tampon entre deux voyelles: va-t-en, a-t-on, etc.
   Nous avons plusieurs liaisons qui ne sont pas reconnues dans la langue académique; par exemple: huit-z-hommes; cent-z-hommes; donne-moi-z-en; avant-z-hier; viens-n'-en chercher, ou viens en chercher, sans liaison. [Le s de viens ne se prononce pas.]
   Ces liaisons irrégulières, ainsi que plusieurs autres, ont cours dans les parlers dialectaux de France: «Je l'ai rencontré devant z'hier», dit George Sand dans la Petite Fadette.
   «Sellier, donnez-moi-z'en, donnez-moi-z'en toujours». (BATAILLE, La Femme nue, acte I).
   Ces sortes de liaisons remontent loin dans la langue parlée, quoiqu'on les rencontre assez rarement dans les écritures. On entendait, jusqu'à la cour des rois de France: on z'y va; on z'y est, au XVIe siècle.
   Par exemple, l'on a mis souvent et longtemps en France la lettre l où l'on met aujourd'hui un t pour l'euphonie: «Ralliez-vous, me dira-l'on; Pourquoi a-lon de lé jusques au dessous des talons?; Et les recouvre l'on de menues broussailles?» (MONTAIGNE).
   Nous disons au pluriel: avecques eux, avecques elles en faisant bien entendre la liaison. Au singulier, la liaison disparaît. Cette manière, conservée dans la poésie, et la plus haute, remonte aux origines de la langue, lorsque les flexions en s fleurissaient. Théodore de Bèze nous dit (fin du
XVIe siècle) que «le s ne sonne jamais dans le pronom pluriel ils, que le mot suivant commence par une voyelle ou par une consonne». Ils ont dit, ils disent; prononcé il ont dit, il disent. Nous prononçons comme l'on faisait, en France, dans ce temps-là.
   «Ce sont les grammairiens qui ont tué les liaisons en s et z comme je leur-z-ai dit, etc.», nous affirme Brunot.

   LIBÊCHE. Mince ruban, étroite lisière: une libêche de coton; enlever des libêches de bois.
   Nous disons aussi lambêche dans le même sens (voir aussi lambriche).

   LICE. Tronc d'arbre de petite dimension, long de dix pieds anglais environ, et dont les cultivateurs se servent pour construire leurs bouchures (clôtures), la longueur d'une lice faisant une pagée.
   Les lices reposent, à leurs extrémités, l'une sur l'autre, dans des coches peu profondes, qui les maintiennent en place. Pour leur donner plus de solidité, les pagées sont faites en zigzag. À la jonction des lices, de chaque côté, deux piquets sont solidement enfoncés en terre et se croisent par le haut.
   La plus haute lice est posée sur l'entrecroisement des piquets afin de mieux assujetir toute la structure.
   Il arrive, quelquefois, qu'une bouchure soit faite en ligne droite. Les piquets alors sont plantés verticalement et maintenus en place au moyen d'une hart ou horiote.
   Lice est à l'Académie avec le sens de lieu préparé pour les tournois de sport, mais non pas avec le sens que nous lui donnons, lequel, apparemment est le sens antique et primitif. Je ne citerai que quelques exemples: «Lices copent (coupent) et barrez antor et anviron». (Orson de Beauvais XIIIe s[iècle], v. 1393); «Il fermèrent totes l'ostes de bonnes lices et de bons merriens». (VILLEHARDOUIN); «Ce que la char est trop habandonnée / A tous deliz, sans avoir frain ne lice (barrière)». (DESCHAMPS, [Poèmes] «Ballades VI», p. 45).




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.