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LICHAGE
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LIEU

   Entrer en lice, c'est entrer dans une palissade faite de lices. D'où l'anglais lists.
   Dans la marine, une lice est une pièce de bois qui fait le tour du pont d'un bateau. Il pourrait se faire que le mot fut originairement un terme naval, quoique le bas latin ait licia, signifiant pieu.
   Notre lice s'appelle lice au Canada et rollan dans certains départements de France: «Pour être à la loie, une clâ (claie) doit avoir cinq rollans (lices) horizontaux». (VERRIER [et ONILLON], Glossaire [des patois et des parlers de l'] Anjou).

   LICHAGE. Action de lécher.

   LICHE-CUL. Homme obséquieux, flagorneur, servile.

   LICHER. Lécher. L'ancienne langue avait les deux manières: licher et lécher:
«Le flot lichant (la terre) se joue à l'entour du rivage». (RONSARD).
   Cotgrave relève le mot.
   On dit encore aujourd'hui, licher, en Berri et dans à peu près tout le centre de la France ainsi qu'au Canada.
   L'anglo-saxon a liccian; l'anglais to lick.
   Lescher et licher sont dans le dictionnaire françois-latin [Trésor de la langue latine] de Robert Estienne (XVIe siècle).
   C'est sur un radical germanique en lic, et non pas en lec, que le mot a été formé aussi bien que lichedoigt, lichement, licherie, licharder, licheu, etc., ce qui fait qu'on a dû dire en français licher avant lécher.

   LICHETTE. Petite quantité, petit morceau: Je n'en ai pris qu'une lichette. Formé sur le verbe licher pour lécher.
   L'âne de La Fontaine, qui n'avait tondu d'herbe que la «largeur de sa langue», n'en avait pris qu'une lichette.
   LICHEUX. Lécheur, flatteur de bas étage.

   LICIÈRE. Endroit dans la forêt où l'on trouve des lices en abondance.

   LIER. Lier des boeufs, c'est attacher une paire de boeufs au joug, leur mettre le joug au cou. Les délier, c'est leur enlever le joug qui les attache l'un à l'autre: «Germain, fier et dispos, sortit pour aller lier les boeufs». (SAND, La Mare au diable).
   Lier une gerbe, c'est l'attacher avec un lien. Les liens sont faits avec les tiges mêmes du grain métivé. (voir ce mot).
   La plupart des emplois que l'Académie donne à ce mot: se lier d'amitié; lier une sauce; lier des notes; lier conversation; contestation liée; lier et délier (refuser ou donner l'absolution); se lier par serment; les liens du mariage sont des figures de rhétorique ou plutôt une extension de sens des termes lier et délier: lier et délier des boeufs.

   LIEU. Raison, raison d'être, vraisemblance. Nous donnons à ce mot plus d'extension qu'il n'en a à l'Académie. Par exemple, nous disons: Cette histoire n'a pas de lieu; Il n'y a pas lieu de vous alarmer; Ce que vous dites là a bien du lieu; «Quand tu n'aurais d'autre grâce / Que de sortir de la race / De tant de roys, tes ayeux, / T'aurais encor trop de lieu / De te bastir une gloire». (RONSARD, Odes, liv. I); «J'ai envie de vous envoyer sa lettre; cela lui donnera lieu de lui parler». (SÉVIGNÉ); «Le veut de Dieu passa; le tient n'eut pas de lieu, c.-à-d., de raison d'être». ([D']AUBIGNÉ, [Les Tragiques], «Vengeances»); «Ce sont des termes qu'il a si peu expliqués qu'il nous laissa grand lieu de douter de ce qu'il veut dire». (Corneille, Premier Discours). Et ailleurs du même auteur: «Carlos a tant de lieu de vous considérer». (Don Sanche [d'Aragon]); «Et quel lieu de le croire à mon coeur en-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.