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LONGITUDE
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LOYER

   Longi ou longis est un mot de la vieille langue malheureusement tombé en désuétude. Cotgrave et Rob. Estienne le relèvent; Rabelais (Gargantua) l'emploie: «Bolivorax qui engendra Longis», mais comme nom propre. On trouve le mot comme nom propre dans l'Evangile de Nicodème (XIIIe siècle); dans l'Ancien Théâtre français (VIII, p. 475): «Je m'y rendray avec un estocade / Qui vient du chevalier qu'on appeloit Longis».
   Ce mot est connu en France partout où se parle la langue (d'oïl) oui. L'on dit aussi longin. Certains paysans ont Sainte-Longie, patronne des lambins et des lambines.

   LONGITUDE. Personne excessivement lente: C'est une longitude.
   Mot analogique, formé sur longi, lent, lambin.

   LONGTEMPS. Nous disons: J'irai vous voir avant longtemps et aussi avant qu'il soit longtemps pour bientôt, prochainement. L'on dit comme nous en France, mais je ne trouve pas l'exacte expression à l'Académie.

   LOQUETER. Fermer le loquet d'une porte; fermer une porte à clef; la barrer.
   Je crois que nous avons pris de l'anglais to lock a door ce sens particulier du mot; à moins que ce ne soit les Anglais qui l'aient emprunté de nos aïeux, ce qui me paraît assez vraisemblable. Et en effet, loqueter une porte se disait pour barrer une porte dans l'ancienne langue.
   En France, aujourd'hui, s'il faut en croire certains dictionnaires, loqueter une porte, c'est en lever le loquet. Littré a ceci: «Loqueter. Remuer le loquet d'une porte, pour indiquer qu'on a l'intention d'entrer».
   Le mot n'est pas à l'Académie.

   LOT. Ce mot reçoit ici les divers emplois qu'il a en France, mais on dit aussi: un lot de terre; acheter un lot de terre; se faire granter (octroyer) un lot
de cent arpents de terre en bois debout par le gouvernement.
   C'est le sens que les Anglais donnent à a lot of land, et que nous leur avons emprunté. Le mot est entré tout à fait dans la langue.

   LOUMER. (Pour noumer). Nommer.
   C'est la substitution, comme cela arrive pour plusieurs autres mots, du l à n. Cette forme nous vient de France. On trouve lomé dans les Conférences et ailleurs.

   LOUP-CERVIER. Notre loup-cervier est plus petit que celui de France, qui est le lynx.
   Les Anglais en ont fait lucifee: «Le loup-cervier est une espèce de chat, mais bien plus gros. Il monte dans les arbres». (DENYS, vol. II, p. 323).

   LOUP MARIN. Phoque commun.

   LOVEYER. Louvoyer. Nos marins disent aussi louveyer: «Ils furent longtemps à louvier». (LESCARBOT).
   Par extension, on dit d'un homme quelque peu titubant et qui navigue d'un côté à l'autre du chemin, qu'il louveye.
   Se dit aussi d'un patineur qui incline son corps gracieusement sur l'un et l'autre écarts de ses patins.
   Au figuré, c'est chercher un biais, manquer de sincérité, de franchise.
   Le mot loup n'a rien à faire dans la formation de loveyerlouvoyer. Le radical semble être plutôt le scandinave lof, partie du navire frappée par le vent. Quoi qu'il en soit du radical, notre manière de prononcer ce mot est celle de nos aïeux de France: loveyer: «N'ayant pas la mer commode ils lovéent en attendant les rapports de Vince guerre». ([D']AUBIGNÉ, Histoire [universelle depuis 1550 jusqu'en 1601], III, p. 544).

   LOYER. Se dit aussi pour récompense.
   Ce mot avait, dans la vieille langue,




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.