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   MACE. Massue: «En son poing tient une maçue... / Et que cil vaincus ne se rende / Qui contre li se met en place / S'il est bien atain de sa mace». (Roman de la Rose, v. 15753).
   Ici, maçue et mace sont synonymes.
   Les Anglais ont conservé le mot révérencieusement. The mace est le symbole de l'autorité dans les Assemblées législatives. Un sergent d'armes — serjans à mace dans Joinville — précède le président du Sénat et celui de la Chambre des communes lorsqu'ils ouvrent la séance parlementaire ou se retirent dans leur appartement après l'avoir fermée. Tant que dure la séance, la masse reste sur le bureau. Toutes les cérémonies rappellent d'anciens usages, en vigueur lorsque les rois d'Angleterre gouvernaient.
   Godefroy nous dit que la mace était une espèce de bâton à tête d'or ou d'argent, porté par honneur dans certaines cérémonies. Celle dont on se sert au Parlement d'Ottawa est aussi à tête d'or. «Ni a celui ne port mace plomée / O bon picois o gisarme acerée». (Les Narbonnais, v. 6715).

   MÂCHÉE. Une mâchée d'encens, c'est la quantité de gomme à mâcher qu'on a dans la bouche: Donne-moi une mâchée d'encens; Ceci fera une bonne mâchée d'encens.

   MACHER. Nous avons mâcher avec un accent circonflexe, et macher sans accent (a bref). Nous donnons à mâcher (a long) la prononciation et le sens qu'il trouve à l'Académie.
   Macher (a bref comme dans marcher) signifie écraser, bruire. C'est le to mash des Anglais. Mais nous ne tenons pas le mot des Anglais; nos pères l'ont apporté de France, où il survit encore dans le parler dialectal de plusieurs départements. Il régnait
dans l'ancienne langue: «Tant fou feritz et macatz». (Tant il fut frappé et meurtri). (Roman de Jaufré); «Je sais trop bien où mon soulier me mache». (S[AINT-]GELAIS, [Oeuvres, «Ballade] d'un chat et d'un milan»); «Regnant savoit du jeu assés et largement, / Par trois fois a marché Bertoulet au corps gent». ([Les Quatre Fils Aimon], «Enfants Haymon», v. 275); «L'ayse nous masche». (MONTAIGNE). Messire Rabelais a cette cochonnerie: «Ha grant envie de mascher merde». Peut-être, ici, masher est mis pour mâcher.
   Prosper Blanchemin nous dit que «le verbe macher s'emploie dans le centre de la France avec le sens de meurtrir. On dit: Mon sabot m'a tout maché le pied. L[e] a est bref».
   En vieux français, macher signifiait aussi mélanger divers ingrédients. C'était un terme de pharmacie. Nous disons ici: Des patates machées, pour écrasées, quoique nous nous servions du mot écrasées, également. Les Anglais disent également mashed potatoes.
   Un doigt maché est un doigt meurtri.
   Je lui ai maché le nez d'un coup de poing.
   On dit, dans le parler dialectal de France, un fruit maché (Jaubert) pour un fruit meurtri, écrasé; et aussi, je crois, du raisin maché pour du raisin passé au pressoir. Les Normands, dans le même sens, ont méchier et émachier.
   Le roman a mascher, qui représente mâcher, et machar qui signifie, comme notre macher, meurtrir, écraser.
   L'on dit aussi, quelque part en France, macquer du chanvre, pour le broyer.
   Mâcher, avec un accent circonflexe




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.