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MAINGRELET
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MAL

gouverneur de Gennes, qui fut écrivain à ses heures.
   Un n adventice s'est introduit dans un nombre assez considérable de vocables de l'ancienne langue, prins pour pris, ainsin pour ainsi, etc.

   MAINGRELET. Maigrelet. L'on a dit comme nous, jadis, en France. On disait comme nous même au Grand Siècle: témoin La Fontaine, qui emploie ce mot dans [Contes et nouvelles en vers], Le Diable de Papefiguière.

   MAIS. Le peuple donne quelquefois à cette conjonction des emplois bizarres: «Rossignol du bois joli / Mais enseignez-moi donc (bis), / Enseignez-moi de la poison / Mais pour empoisonner (bis). / Pour empoisonner mon mari / Qui est de moi jaloux (bis), / La haut, dedans la forêt / Mais vous le trouverez (bis)». (BARBEAU, Chansons populaires).

   MAÎTRE. Ce que les Anglais appellent leader. Le mot a reçu, autrefois, en France, un sens qu'il n'a plus tout à fait aujourd'hui. La langue lui doit maître d'équipage, maître canonnier, maître maçon. Un nommé Pierre Poirier, qui avait pris la direction des Acadiens enfermés dans le fort Beauséjour en 1755, fut appelé Pierre Le Maître, et toute sa vie, garda ce surnom.
   Les Anglais ont master of the ship, pour capitaine. On trouve le mot avec le même sens dans Floire et Blancheflor. Mester, en islandais, se dit pour le premier, le plus capable. Le sens antique de ce mot nous viendrait-il des langues du nord?

   MAÎTRE-DE-POSTE. Fonctionnaire qui a charge d'un bureau de poste aux lettres; post master en anglais.

   MAÎTRESSE. Amante, promise. Le mot est pris en bonne part. Il l'était aussi au siècle de Louis XIV: «Pour vous, ma fille, préparez-vous à bien
recevoir ma maîtresse». (MOLIÈRE, L'Avare, III, 3). Une fiancée est une maîtresse, ici, comme elle l'était en France, autrefois: «Il voulut fort espouser sa maîtresse, Catherine de Médicis, aujourd'hui nostre reyne mère, que le pape luy avoit promis en mariage». (BRANTÔME, [Vies des hommes illustres et des grands capitaines], «Prince d'Orange»); «Un jour il contoit au père de sa maîtresse...». (AUBIGNÉ).
   Nous disons souvent: la maîtresse pour la maîtresse d'école.

   MAÎTRISE. Se dit surtout pour commandement, autorité: C'est l'homme qui doit avoir la maîtrise dans la maison.

   MAJOR (Gros). Jeu de cartes où le gros et le petit major sont les cartes maîtresses.

   MAL. Un grand nombre de vocables commençant par mal-, qui avaient cours autrefois, ont été rejetés par l'Académie, et ne se rencontrent plus sous la plume des écrivains modernes. Nous en avons conservé plusieurs, tels que mal-à-main, mal-avenant, mal-bas, mal-cadâcre, mal-chance, mal-commode, malcontent, malendurant, mal-entente, mal-entrain, mal-parlant, mal-patient, mal-poli, mal-venu, sans compter ce refrain de chanson populaire, maluron, maluré, malurette.
   D'autres sont demeurés en France et n'ont pas traversé l'Atlantique avec les fondateurs de l'Acadie et du Canada. En tout cas, on ne les retrouve pas ici; par exemple: malfait pour méfait (c'est le même mot); malheuré pour malheureux (c'est encore le même mot); malement pour malicieusement; malage pour maladie; malavec pour souffrant; maldécion pour malédiction, qu'on trouve dans S[aint] Bernard [de Clairvaux ou Sermons de saint Bernard]; malpudique pour impudique, qu'on trouve dans Brantôme; mal gré pour mauvais gré, qu'on




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.