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MALGRÉ QUE
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MALPOLI

mal fait, ni mal gracieux de son corps». Amyot l'écrit en deux mots également, de même que La Tour et le Père Sagard. On trouve maugracieux dans la VIIe Conférence.
   Malgracieux fut condamné par Vaugelas comme populaire. Gracieux, l'un des plus beaux mots de la langue, le fut également.

   MALGRÉ QUE. Les grammairiens autorisent la conjonction que, après malgré, seulement dans la locution: malgré qu'il en ait. Cela n'empêche pas bon nombre de Parisiens de dire, comme nous: malgré qu'il dise; «Malgré que est parisien, mais n'est pas français». (FAGUET).

   MALHUREUX. Malheureux.
   Heüreux est l'antique prononciation: «Et despite et malheüreuse». (Lancelot [du Lac]).
   Malherbe ne tolérait pas que l'on fit rimer bonheur avec malheur parce que l[e] u de malh(e)ur seul était prononcé; l[e] e s'éteignait.
   C'est ainsi que l'on prononçait juner, pour jeûner, et déjuner pour déjeuner.
   Nous prononçons tous ces mots comme ils l'étaient au temps de Malherbe.

   MALIN. Fait maline au féminin, au lieu de maligne. Méchant, irascible: Ce chien n'est pas malin; Ma jument est maline; Elle est maline, mais pas mauvaise.
   Maline s'est conservé dans le parler dialectal de la France: «Incontinent cette vieille maline / De la pucelle assiégea la poitrine». (RONSARD, La Franciade, liv. III); «Mais la peste maline / C'est l'amour féminine». (VAUQUELIN [DE LA FRESNAYE]); «Elle sent son ongle maline». (LA FONTAINE, [Fables, L'Oiseleur], l'Autour et l'Alouette); «Pour garir ma soif maline». (Vaudevires).
   On a dit, au masculin, maling, dans la vieille langue. Cela n'empêche pas
maligne d'être un mot livresque, formé sur malignum, comme bénigne l'a été sur benignum.
   Malin donne naturellement maline, au féminin, comme gamin donne gamine; coquin, coquine; cousin, cousine; divin, divine. Saint-Gelais fait rimer indigne avec divine ce qui montre que le g, dans ces mots, ne se prononçait peut-être pas toujours. Ronsard, de son côté, fait rimer digne avec divine: «Dans les noms l'attraction peut s'exercer au profit du masculin, comme en français populaire moderne on a refait maline d'après malin, châtaine d'après château». (DAUZAT, p. 221).
   Je ne crois pas que le français populaire ait refait maline d'après malin, puis que le mot a de tout temps existé dans la langue, tant écrite que parlée, mais le peuple de France a certainement fait châtaine de château comme celui d'Acadie a fait pouline de poulain. Une pouline, c'est une pouliche. On trouve poulaine dans l'ancienne langue.

   MALPARLANT. Qui parle mal; médisant: «Comme vous êtes malparlant!» (ADRIEU CONTREDIT).

   MALPATIENT. Irritable, impatient: «Il n'y avait point d'homme plus malpatient que lui à l'ouvrage». (SAND, [Les] Maîtres sonneurs).

   MALPLAISANT. Ce mot que l'Académie déclare vieux est d'un usage universel en Acadie: «Sans fleurs, sans fruits, mal-plaisant, inutile». (RONSARD, Le Bocage royal).

   MALPOLI. Rude de manières, grossier, mal élevé.
   Le Père Sagard (643) écrit: «Nous trouvons en France des personnes aussi mal polyes qu'eux» (les Sauvages du Canada); «Ses gouverneurs qui l'ont poussé mal poliment dans l'parquet». (L'HOPITAL, Monologue Normand, contemporain).




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.