page



MÉRE
- 301 -
MESSE

Donnacona et autres, ily luy feroient plusieurs présents». (2e voyage, 1535).
   Les exemples que je pourrais citer, en remontant plus haut, dépasseraient le cadre où se doit maintenir un glossaire. Je commencerai par Villon ([Testaments], «Vieil Testament»): «Mais que j'aye fait mes estrenes, / Honneste mort ne me desplait»; «Je vous donnerai 1000 mars, mes que je vienge à vile». (Elie de S[aint]-Gilles, v. 1001); «Mais que j'y sois, je ferai mes recommandations moi-même». (DES PÉRIERS); «Mès que je l'aye ung peu parée, / Tu verras et diras de fait / Qu'onques plus beau j'en ne fut fait». (GRÉBAN, Le Mystère de la Passion); «De vains travaux dont fis rime et chanson, / Trouver m'attens mais qu'on les lise et voye». (MAROT, Sonnet de Pétrarque); «Il promit de se tourner de la part du Roy son frère, mais qu'il fust en Angleterre». (COMMYNES, liv. III, chap. V); «Mais qu'on joue la Passion». (COQUILLART, Monologue des Perruques); «Je m'en yrai à vous mais que vous me faciez scavoir». (BRANTÔME).
   J'ai choisi mes exemples parmi les meilleurs écrivains de l'ancienne langue.
   Le mot s'entend en France aujourd'hui dans tous les départements où se parle la langue d'oui [d'oïl].
   Les Canadiens aussi l'emploient. Mais n'ayant pas eu les honneurs de l'Académie, le mot n'est pas français: C'est du patois!

   MÉRE. (Avec un accent aigu sur l[e] é). Mère.
   Le mot est prononcé ainsi dans la vieille langue. On a dit mére avant de dire mère: «Puis lui ai dit ki fu sa meire». (Dolopathos). Nous disons une mére d'ours, pour une ourse, ours se prononçant ourse.
   Nous disons une mére brebis, brebis étant le nom générique: «Elles respoundront... des meres berbitz». (Lois de Guillaume le Conquérant).
   Les Canadiens disent: mére moutonne.
   Dans les institutions religieuses de femmes, la maison mére est la maison principale, où réside la Mère, la Supérieure générale.

   MERISIER. Yellow birch, en anglais. Notre merisier n'est pas le cerisier sauvage du Dictionnaire de l'Académie.
   C'est un bois très dur qui ressemble un peu à l'érable. Les savants lui donnent le nom latin de betula lutea, Michx.
   «Le mignogon est une espèce de bouleau... mais le bois en est plus rouge... et n'est pas trop fendant». (DENYS, vol. 2, p. 311-2). Mignogon est apparemment le nom sauvage de notre merisier.
   Nous avons aussi le merisier blanc.

   MÉSACCORD. Désaccord: «Vous vous formalisez de ce qu'il y a mésaccord entre nos docteurs». (Rapporté par La Curne [de Sainte-Palaye]).

   MÉSENTENTE. Mésintelligence.

   MESHUI (Du). (Voir du meshui).

   MESS. Devait peut-être s'écrire mèsse. Le mess anglais, entré tout rond à l'Académie: mess. Ce mésse-là [mess] est un repas de militaires. Le nôtre est tout simplement un régal: un mèsse d'huîtres. Nous en avons étendu le sens.
   Il est malaisé de dire si nous tenons le mot des Anglais ou si nos pères l'ont apporté de France. Mess a la même origine que mets. On le trouve écrit mes dans les anciennes écritures: «Après soupper le dit Jaquet demanda le mes, c'est assavoir un pot plein de vin». (DU CANGE).

   MESSE. Cérémonie du culte catholique, le saint sacrifice de la messe. Au Nouveau-Brunswick, l[e]




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.