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MÉTATHÈSE
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MÉTIVIER

è de messe est ouvert, et le mot se prononce comme s'il était écrit mèce. À la [en] Nouvelle-Écosse, il est fermé: méce. Cette dernière prononciation est un écho de la vieille France.
   Grand-messe; messe chantée, par opposition à basse messe. Grand-messe se disait autrefois messe à notes. C'est en souvenir de messe à notes que nous disons d'un chantre au pupitre qui connaît bien le plain-chant qu'il sait bien la note.

   MÉTATHÈSE. Ou transposition de lettre.
   Nous relevons un assez grand nombre de métathèses dans le parler des Acadiens.
   Beluette, bluette; berbis, brebis; berdouille, bredouille; Bergitte, Brigitte; berloque, breloque; berouette, brouette; bertelle, bretelle; compernure, comprenure; enterprise, entreprise; entertenir, entretenir; escouer, secouer; escousse, secousse; ferdaine, fredaine; feurtiller, frétiller; guernouille, grenouille; pauverté, pauvreté; venderdi, vendredi; etc.

   MÉTIER. Dans le sens de machine servant à la fabrication, le mot ne s'emploie que pour machine à tisser de la laine: un métier; faire au métier. C'est un terme générique.

   MÉTIVAGE. Action de métiver. (voir ce mot).
   Dans Du Cange, mestivage est «le droit d'exiger une redevance appelée mestive».
   Le métivage à la faucille est à la veille de disparaître, est presque disparu en Acadie; c'est à la métiveuse mécanique que se fait le métivage aujourd'hui.

   MÉTIVER. Couper du grain à la faucille: J'ai métivé dix gerbes dans mon avant-midi.
   On trouve défauciller dans Rabelais et fauciller dans Joinville. «Vint fauciller blez à un kasel (village) à trois lieues de l'ost (l'armée)». Par
contre, on trouve mestivage, mestivailles, mestives, metivier, metiveur et métivet dans d'autres auteurs.

   MÉTIVES. Le mot ne s'emploie qu'au pluriel. Coupe du grain à la faucille.
   Le temps des métives, c'est le temps où l'on coupe à la faucille le blé, le seigle, la baillarge (l'orge) et, quelquefois, l'avoine: J'irai vous voir après les métives.
   On trouve «au temps des mestives» dans d'Aubigné. «La mestive et cuillette des grains ou des blés». (Coutume générale).
   Rabelais appelle mestivale le festin qui se donne après la coupe des blés.
   L'expression est bien connue dans le centre de la France. Victor Hugo, qui apparemment l'ignorait, moissonne avec une «faucille d'or dans le champ des étoiles».

   MÉTIVEUSE. Mot de création récente, formé sur métiver, et qui signifie machine agricole à métiver mécaniquement le grain et à le mettre en gerbes.
   Si le mot est récent, la machine ne l'est pas tout à fait. En tout cas, voici ce que Pline rapporte: «Les Gaulois se servaient pour la moisson du blé d'un appareil composé d'une caisse à rebord denté, montée sur deux roues et tirée par un attelage, en sorte que les épis, décapités par les dents tombaient dans la caisse». Nil novi sub sole.

   MÉTIVIER. Féminin: métivière. Nous disons aussi métiveuse. Celui qui métive, qui coupe le grain à la faucille. Le mot est dans Du Cange.
   «Se j'ai trové aucun espi /Après la main as mestiviers / Je l'ai glané molt volontiers». (HUON DE MÉRY, Le Tournoiement de l'Antéchrist, p. 104); «Les mestiviers qui beuvent volontiers et sans eaue». (RABELAIS, Pantagruel).
   On dirait aussi, en vieux français, seilleur, celui qui coupe le grain à la




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.