page



MOUELLE
- 310 -
MOULIN

plus latin; moudu, de moudre, est plus français.
   La forme primitive du mot est molore; le d est intercalaire.

   MOUELLE. Moelle donne deux pieds métriques, en sus de la syllabe finale. Les poètes de France ne lui en donnent qu'un. Notre prononciation est celle des Français du XVIe et XVIIe siècles: témoin ce vers de Rotrou (Hercule mourant): «Le corps est épuisé de sang et de moelle».
   Pour donner douze pieds métriques à ce vers alexandrin, il faut prononcer mo-elle ou mo-èle. «Dans moelle, on trouve moe d'une syllabe dès le XIIIe siècle; étymologiquement, il doit être de deux». (LITTRÉ).
   Victor Hugo donne, comme Rotrou, trois pieds métriques à ce mot (Cromwell, acte I, scène V): «Vous disséquez mes os jusque dans leur mo-elle».
   On trouve aussi souvent mouelle que moelle dans les auteurs anciens: «Quel bien prétent-il (le chien qui ronge un os)? Rien de plus que ung peu de mouelle; vray est que ce peu est plus délicieux que le beaucoup de toutes aultres, et pour ce que la mouelle est élément élabouré à perfection de nature». (RABELAIS, Gargantua, Prologue); «Que je n'ai plus en mes veines de sang / Aux pieds de force, en mes os de la mouëlle». (RONSARD, Amours, liv. 1).

   MOUFFETTE. Putois, mephitis americana. Ce mot d'origine apparemment sauvage est surtout employé par les Acadiens de la côte nord du Saint-Laurent.

   MOUILLASSER. Bruiner, brouillasser. Diminutif de mouiller, pleuvoir. Mouiller pour pleuvoir et tous les dérivés de ce verbe, tels que mouillasser, mouillasseux, etc., s'entendent dans le centre de la France.

   MOUILLASSERIE. Bruine, petite pluie fine.
   MOUILLASSEUX. Humide, bruineux: Le temps est mouillasseux.

   MOUILLÉ. Trempé: Je suis tout mouillé, il faut que je change de hardes; N'entrez pas ce foin, il est encore mouillé, humide.

   MOUILLER. Pleuvoir. Le mot pleuvoir est compris, mais jamais employé dans le parler des Acadiens. C'est mouiller que nous disons et que disent les paysans du centre de la France et ceux du Canada. Mouiller remonte très haut dans la langue: «Vêtue de feuillage qui verdist quand li tens meuille». (Poésies lyriques du moyen âge). Les larmes li mouillent le menton. (BENOÎT DE SAINTE-MAURE).
   «Vous voulez m'apprendre qu'il pleut... Dites: Il pleut et non: Il mouille». (LA BRUYÈRE).
   Quelques auteurs contemporains risquent le mot: «Il pleut! Il mouille! / C'est la fête à la grenouille». (RICHEPIN, Dernières chansons).
   Au figuré, nous disons: Je l'ai mouillé d'un coup de poing pour je l'ai tombé.
   Du latin populaire molliare, amollir.

   MOULANGE ou MOULAGE. Jeu de meules d'un moulin à farine. C'est un vieux mot de France. Les Canadiens le connaissent.

   MOULE À PLOMB. Moule à balles, écumaire.

   MOULÉ. Fait au moule. On dit d'une femme bien proportionnée, bien faite, qu'elle est moulée.

   MOULÉE. Se dit, au Canada, pour de la grosse farine que l'on donne aux animaux. Shorts en anglais.

   MOULIN. Remplace, ici, le mot machine dans moulin à battre, moulin à coudre. Nous disons aussi: moulin à scie pour scierie mécanique;




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.