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MOURIR
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MOUVER

moulin à coton pour filature; moulin à farine pour minoterie.
   Dans le rachat de la seigneurie de la Malbaie par la couronne de France (1722?), on lit: «La terre et le fief seigneurial de la Malbaie, consistant en six lieues de front sur quatre de profondeur... ensemble avec les moulins à scie et à blé».
   On dit en France (en Anjou en tout cas): moulin à sasser, moulin à vanter, moulin à eau, moulin à chandelier. On trouve moulins drapiers dans les vieux auteurs pour machine à fouler le drap, moulin à fouler le drap, foulon.

   MOURIR. (Prononcé mouri): Il s'est laissé mouri(r).
   Au subjonctif: que je moure. On trouve dans les anciens auteurs: que je muire, que tu muires pour que je meure, que tu meures. Muire, c'est moure.
   À l'origine de la langue, on a dit au parfait: Je moris, tu moris. C'est à peu près ainsi que le verbe se conjugue ici.
   «Il fini et mori». (VILLEHARDOUIN).

   MOUSSE. Petit gas, garçonnet. C'est la forme française de l'italien mozzo, jeune garçon. Ils disent comme nous en Bretagne.

   MOUSSILLON. Un moussillon de bois, c'est un arbre dont la faîte — nous disons le faît — a été coupé ou en tout cas, n'y est plus.

   MOUSTACHU. Qui a une grosse moustache.

   MOUSTRUEUX. Monstrueux, prodigieux, énorme.
   Au témoignage de [Alcide de] Saint-Maurice, on prononçait mousieu pour monsieu au XVIe siècle.
   On prononçait aussi moustrueux pour monstrueux à la même époque en France comme nous le faisons ici: «Plusieurs personnes, non seulement de la ville, mais de la cour, disent monstrueux; le grand usage est pour
moustrueux». (MÉNAGE); «Moustrueuse foy en ses paroles». (MONTAIGNE); «Il s'en pèche (du saumon) de moustrueux en grosseur et largeur». (DENYS).

   MOUTON. Tas, pile. Terme maritime:
«La base de cette petite pile n'était que deux molües qui s'appellent moutons... ou augmente tous ces moutons jusqu'à 15, 20 et 25 molües». (DENYS, vol. II, p. 221).
   Il y a, pour les pêcheux de morue, les grands et les petits moutons.

   MOUVANGE. La mouvange de la glace au printemps, c'est le départ des glaces, le premier mouvement: La mouvange de glace monte et descend dans le chenal, avec la marée.

   MOUVÉE. Banc de poissons: Nous avons rencontré une mouvée de maquereau. A shoal en anglais.
   «La mer était blanche comme une mouvée de marsouins». (CASGRAIN).
   On dit mouée en Anjou dans le même sens. Le mot appartient à la vieille langue: «Il s'en est envolé une grande mouée d'oiseaux». (RABELAIS, Pantagruel).
   Le commentateur de Rabelais observe: «Mouée est le même mot que moye, lequel signifie, en picard, une grande quantité». Il doit venir de mouvée, formé de mouvoir, et non pas de moles. C'est ainsi que l'on dit en Sologne une couée d'enfants pour une couvée.
   Brantôme (Rodomontades [et gentilles rencontres] espagnolles) parle d'une mouée d'hommes.

   MOUVER. Déménager. Ce sens nous vient directement de l'anglais to move (prononcé tou mouve). Mouver une maison, une grange, c'est la changer de place. Mouver, absolument: J'ai mouvé, j'ai déménagé.
   Mouver est une forme de mouvoir, du latin movere. On prononçait mouer dans la très ancienne langue.
   Le franco-normand avait mover pour mouvoir. C'est là que les Anglais




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.