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MOYEN
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MULERON

ont pris leur mot to move et non directement du latin movere. En leur prenant, à notre tour, nous ne faisons que rentrer dans notre bien patrimonial: «Ils apaisent les flots, ils mouvent les orages». (RONSARD); Rabelais a meuver: «Quand les Grecs meuvaient les armes les ungs contre les aultres». En vers, il écrit mover: «Puisque bien stas (grâce au souverain Jove), / Nous t'exhortons que de là ne te move». (Épistre du Limousin).
   [Vie ou Elie de] s[aint] Gilles donne à muver le sens de changer de place. Muver se prononçait vraisemblablement mouver. Verrier [et Onillon], dans leur Glossaire [des patois et des parlers] de l'Anjou, cite[nt] cette phrase: «Cette crue va faire mouver les poissons».
   En Berri l'on dit: «Cet homme est malade, il ne peut plus mouver». (Idem).
   Le mot est très en usage en Normandie où l'on dit: un enfant mouvant pour un enfant turbulent. Beaucoup, en France, disent débagager pour mouver.

   MOYEN. Ce mot reçoit ici toutes les acceptions qu'on lui donne à l'Académie et quelques autres en plus. Par exemple, nous disons: La soupe est moyenne pour n'est pas très bonne; C'est moyen: c'est tel quel; Comment es-tu, aujourd'hui? — Moyen; C'est moyen ce que tu fais-là; Je n'achèterais pas ça, c'est moyen, c'est médiocre.

   MOYENNEMENT. L'Académie définit ce mot par médiocrement. Il a un sens plus étendu en Acadie; sens conservé de l'ancienne langue. Ainsi nous disons: Ma cueillette (récolte) est moyennement bonne, pour joliment bonne; C'est moyennement malaisé à faire pour passablement; Son ouvrage est moyennement avancé en grande partie.
   C'est dans ce sens qu'il faut entendre ces vers d'Eust. Deschamps, (Lettres, vol. III, p. 67): «En partie
moiennement / Ay recouvré convalescence».
   Et aussi ce passage de Montaigne: «Moyennement sanguin et chaulde».

   MOYENNER. L'Académie définit ce mot: «Procurer quelque chose par son entreprise». Il signifie aussi, dans le parler des Acadiens, faire parachever: Essayez donc de moyenner cela; Il n'y a pas moyen de moyenner; «Le Colloque de Poissy amprès se moyenna par ledit roy de Navarre». (BRANTÔME, [Vies des hommes illustres et des grands capitaines, «Le Roy de Navarre»).
   Amyot emploie ce mot dans le sens de ménager.
   Commynes intitule le chapitre XII de son premier livre: «Comment le Roy et le Comte Charolois parlèrent ensemble pour cuyder moyenner la paix»; «Cele par qui fu commencée / Et moyennée et performée». (Le Panthère d'Amour); «Pour moienner leur conversion à la vraye foy et religion catholique». (SAGARD).

   MUCRE. Humide: Le temps est mucre.

   MUET. Le t sonne.

   MULERON. Meule: un muleron de foin; mettre le foin en mulerons; faire de gros mulerons. Muleron est le diminutif de mulon, mot courant dans le centre de la France: «Unc ne dotai chatel plus k'un mulon de fain». (Roman de Rou).
   Je trouve «mulon de sel» dans le Roman des Quatre, dont Paul Bourget est l'un des collaborateurs.
   On dit meuleron aux Îles-Madeleine et aussi, je crois, meulette. Meule serait ici le primitif du mot. «Au pillage de l'or que la Grèco amouluno» (S'en vont au pillage de l'or que la Grèce amoncelle on amuleronne). (MISTRAL, Les Olivades).
   Nous avons le verbe amuleronner pour mettre en mulerons. En kymrique, moel signifie tas, monceau.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.