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NAGER
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NATION

nous disons être en eau, pour tout couvert de sueurs ou tout mouillé.
   Anciennement se mettre à la nage se disait pour se mettre à ramer, comme on le trouve dans La Fille du comte de Pontieu. Il est bien certain que ceux qui avaient longtemps ramé étaient en nage.
   On disait aussi, anciennement, se mettre en nage pour commencer une navigation: «Calypso dit à Ulysse de se mettre en nage jusqu'aux ports des Phéaques». (Rapporté par Littré). Ce dernier nage a été formé sur le latin navigare.

   NAGER. Ce mot s'entend ici comme à l'Académie. Il comporte deux sens: nager, être à la nage, et ramer. Ces deux sens se retrouvent dans la très ancienne langue, mais, dans le premier cas, nager se disait plutôt nouer, du latin natare.
   Nager dans le sens de naviguer, pour les anciens, et de ramer, pour nous, vient du latin navigare. Nager est venu d'abord; naviguer, ensuite. Naviguer est un mot livresque, presque latin. Un homme qui se jette à la mer nage; les sauveteurs qui viennent à son secours nagent également, mais à la rame.
   Ce qui a contribué à cette confusion, c'est qu'autrefois, au temps où fleurissaient les galériens, tant barbares et mauresques que chrétiens, la longue navigation se faisait autant à la rame qu'à la voile. Veut-on des exemples?:
   «D'autres fois qu'il n'y a point de vent, ils vont tous à la rame (les pêcheurs de l'Acadie). Ils n'usent point de ce mot; c'est aller à la nage. Ils disent qu'il n'y a que les galériens qui tirent à la rame». (DENYS, vol. 2, p. 144); «Li mariniers qui par mer nage». (Roman de Rou, v. 7549).

   NAGESTER. Ramer mollement.

   NAGEUX. Nageur.

   NAÎTRE (Faire). Laisser entendre, faire croire: Il m'a fait naître qu'il viendrait.
   NANAN, NANANE. Terme enfantin signifiant friandises: manger du nanan.

   NANETTE. Diminutif d'Anne.
   Le nom propre Anne n'est employé que pour désigner sainte Anne, mère de la Sainte Vierge; autrement, c'est Nanette que nous disons.

   NÂNI. Nenni, forme de négation chère à Marot. Cotgrave épelle le mot nani, avec un seul n. Ce mot adoucit la négation, la rend plus polie. Il est à non, ce que si est à oui: Voulez-vous venir faire un tour de promenade avec moi, Mademoiselle? — Nâni, Monsieur.
   Nâné, en très vieux français nenal, nenil, nenin, nenul, neuil, a été formé sur non illud, non cela, comme oui, sur hoc illud. On trouve nenu dans Lucrèce.

   NATION. Nous donnons à ce mot le sens qu'il reçoit en Normandie et qu'il avait dans la vieille langue, celui de famille, de race et aussi de qualité: Il n'est pas de la même nation que lui; Quelle nation de monde! Ici le sens est péjoratif.
   Les Normands disent: Ces pois ne sont pas de la même nation.
   Ce sens particulier remonte haut dans la langue: «Sont de meillour condition /
Par noblece de nation (naissance, race) / Que cil qui les terres cultivent». (Roman de la Rose). S[aint] Gérome entendait le mot comme nous l'entendons: «Si dicebam narrabo sic ecce nationem filiorum reprobari». (Ps. 72, v. 15).
   On trouve, au Canada, un village portant le nom de Petite Nation et un autre, celui de Grande Nation.
   «Cette fureur mit la compassion / Dans les esprits d'une autre nation»; «Au cou changeant les pigeons d'une autre nation». (LA FONTAINE, [Fables], Les Vautours et les Pigeons). On pourrait peut-être y ajouter le «De gente non sancta erue me» de l'Introït.




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.