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NERF
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NEUILLÈRE

vocabulaire des Acadiens. Les Anglais, dès leur prise de possession, organisèrent des cours de justice. Il fallut, pour se faire donner droit, intenter des procès; sue, en anglais to sue. Comment dire cela en français, car il fallait bien le dire. De sue, prononcé sou, les Acadiens firent assouer. On assoua son voisin dont le mur mitoyen ou la ligne empiétait.
   Il fallut aussi faire arpenter les terres, chose qui ne s'était jamais faite durant le régime français, chacun se contentant du lopin convenu et de la parole donnée. L'arpentage se fit par un surveyor anglais. Ce fonctionnaire fut désigné sous le nom de sévère, forme française de surveyor. Les Acadiens usèrent du même procédé dans tous les cas analogues.
   Le cinéma, chose nouvelle, règne aujourd'hui. Les images qui s'offrent sur l'écran, les journalistes les appellent «des vues animées». Pour nos gens, ce sont des portraits vivants.

   NERF. Se prononce ner, tant au singulier qu'au pluriel.

   NETTEYAGE. Nettoyage. Action de nettoyer.

   NETTEYER. Nettoyer.
   On lit dans le Dictionnaire de Richelet (XVIIe siècle): «Netteier ou nettoyer. L'un et l'autre se dit; mais le grand usage est pour nettéier; car pour nettoyer, il ne se dit guère que par les poètes». Ailleurs écrit-il: «Baleïr signifie néteïer»; «Il faut dire netteier». (MÉNAGE, Observations [sur la langue française]); «Il nettia et accomoda sy bien sa maison que, ...». (BRANTÔME, [Vie des hommes illustres et des grands capitaines], «Le Duc de Nevers»).
   Oudin donne nettéiures à côté de nettoyeures. On lit dans la traduction des Psaumes: «Netteier le suen luc, (mundari suum locum)». ([Les] Macchabées, liv. II, chap. 10).
   NEUF. Adj. Se prononce neu, excepté devant un mot commençant par une voyelle où le son est le même qu'à l'Académie: un habit neu; donner à un enfant un petit rien tout neu; des souliers neus. François de Callières (1645-1717) mentionne parmi les mots à la mode neu pour neuf.

   NEUILLASSE. Jeune boeuf de deux à trois ans.
   Génisse, de juvenicem contracté en junicem, signifie étymologiquement jeune vache.
   Les paysans de France ont plusieurs termes pour désigner un veau. Celui qui tète sa mère s'appelle noget en Anjou. Quand il est détrié (sevré), on l'appelle noge; le Berrichon dit annoge; ce qui correspondant à peu près à neuillasse.
   À Lavigerie [Cantal], c'est bouvret. Le vieux français avait anténois pour un poulain d'un an: ante annum.

   NEUILLÈRE. Adj. S'entend d'une vache qui n'a pas eu de veau durant l'année écoulée: vache neuillère. Celle qui a eu un veau durant l'année se dit: vache vêlée.
   «Nos habitants (du Canada) désignent par le terme de vache aneyère, celle qui ne doit pas vêler au printemps et qui continue à donner du lait». (BARBEAU, Folklore); «Ma vache est enayée cette année». (CLAPIN).
   On dit vache nolière, en Vendée; annouillère, en Anjou; idem en Normandie et dans le Maine: «Le 10 avril 1557, je vendi, à la fère Fleurye, à Montebourg (Normandie), deux vaches annouillères». (Rapporté par Moisy, [Dictionnaire de patois normand]).
   M. Delisle reproduit le texte d'un inventaire daté de 1307: «Quatorze vaches à let, que laitières que anoilières».
   Une chanson bretonne, que je reproduis en m'excusant, se lit ainsi: «A Bouneville de Louvet, / Plus de p...




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.