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NOUASSE
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NUMÉRATION

   Du Cange nous dit que noter s'entendait pour chanter et que nota signifiait air, chant.
   Nous disons note pour notre, en laissant tomber l[e] r. C'est la prononciation antique, les Conférences font foi: note cheval, note paroisse.

   NOUASSE. Excroissance maladive qui croît sur les arbres; espèce de loupe.

   NOUASSEUX. Qui a des nouasses: un arbre nouasseux.

   NOUCLE. Noeud. Noeud, neu, nou, noud, dans le français primitif, vien- [nen]t du latin nodus. Noucle est d'origine teutonne, knouk en wallon, knot en anglais, knoton en allemand. On dit nuk à Namur aujourd'hui. Noeud et noucle doivent remonter à quelque radical commun, sorti de l'Hindoustani.

   NOUS DEUX. C'est l'ambedui, l'an deus du bas latin.
   Nous disons: On y est allé, nous deux Jean, pour Jean et moi y sommes allés.
   «Nous deux Jean, nous songions tristement». (Jacquou le croquant).
   On trouve en deux dans Eust. Deschamps ([Poèmes, «Le] Miroir de mariage, v. 6866); et ambes, ambedui, ansdous, dans la Vie de s[aint] Gilles.
   «Donnez-la-lui, de grâce, ou l'otez à tous deux». (LA FONTAINE, [Fables], L'Aigle et l'Escarbot).

   NOVES. (Voir noe).

   NUAGE. Sorte de foulard.

   NUISABLE. Nuisible. C'est du vieux français: «Chiens de mer, marsouins, saumons, / Congres, turbos et leur semblables / Qui sanz escailles sont nuisables». (DESCHAMPS).

   NUISANCE. Chose nuisible, embarrassante, dommageable: «Les astres ne nous font pas de nuisance».
(MONTAIGNE, liv. II, chap. XII); «Nous sommes assiégés de tant de dangers, tant de nuisances». (CALVIN, Institution [de la religion chestienne]).
   Le mot a passé et est resté en Angleterre: «A nuisance, a public nuisance». On l'entend encore au centre de la France: «La chose peut s'arranger sans vous porter nuisance». (SAND, [François] le Champi).

   NUISANT. Nuisible. Littré donne plusieurs exemples de ce mot, dont quelques-uns du XVIe siècle.

   NUIT. Nous disons: à la nuit pour à la tombée de la nuit; en nuit et de nuit pour durant la nuit: Je suis arrivé en nuit; Il est parti de nuit.

   NUITÉE. Durant toute la nuit.
   Ce substantif fut fort en usage en France jusqu'au XVIIe siècle inclusivement. On en fit même un verbe neutre: Allons nuiter chez un tel; J'ai nuité.
   Le Dic[tionnaire] de l'Académie prétend qu'il «ne se dit guère qu'en parlant du travail, de l'ouvrage fait pendant une nuit, et qu'il a vieilli».
   Nous lui avons conservé sa signification antique.

   NUMÉRATION. Les trois premiers noms de nombre ont un masculin et un féminin dans le parler des Acadiens: un cheval, une poire. Ceci, c'est de la langue officielle. Voici qui ne l'est pas: Il y a là deux hommes. Combien y a-t-il de femmes? — Deusse. Tu as trois poires; Je les veux toutes les troisses. Deux et trois ne donnent deusse et troisse qu'à la fin d'une phrase lorsqu'ils ne sont pas suivis d'un autre mot. Dans les autres, ils gardent la forme masculine au féminin: deux femmes, trois poires.
   De un à trois les noms de nombre variaient également en latin.
   Le masculin du latin classique au cas régime, duos (en latin populaire doos)




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.