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OSTINATION
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OU

qu'est formé le nom d'Albert Lozeau (l'oseau), le gentil poète canadien, récemment décédé à Montréal.
   Le plectrophane des savants, snow bunting en anglais, s'appelle oseau blanc en Acadie et quelquefois oseau de neige.
   Théodore de Bèze (De ling. fr. rectè pronom) nous dit qu'en Bourgogne, en Guyenne, dans le Lyonnais, tout le monde ou a peu près prononce ouseau.
   «Et y lient aucunes plumes des ouaiseaulx». (CARTIER).

   OSTINATION. Obstination, opiniâtreté, persistance à soutenir une idée .

   OSTINER. Apocope d'obstiner. S'entêter, contredire avec obstination, avec entêtement. Le mot s'écrivait avec un b, obstiner, mais ce b tombait dans la prononciation. On a prononcé ostiner jusqu'au XVIIe siècle: «B disparaît absolument devant st, dans obstiné, obstination, qu'on prononce ostiné, ostination». (BÈZE). Et Ménage: «On dit objet, obvier, obscur, etc., mais on dit, au contraire, ostiné, ostination».
   Aujourd'hui l'on écrit et l'on prononce — ainsi le veut l'Académie — obstiné. Autre méfait de la graphie.
   C'est Richelet qui a fait prévaloir obstiner sur ostiner.
   Le sens que nous donnons à ostiner est un peu plus étendu que celui d'obstiner au Dictionnaire: Cesse d'ostiner, c.-à-d., de discuter, d'argumenter; Il s'est ostiné pendant une heure; Il ostine toujours.
   On s'ostine, quand on s'entête dans une opinion: Voilà une heure qu'ils s'ostinent (ou ostinent) l'un contre l'autre; Il ostine que c'est moi qui a commencé, que c'est lui qui l'a aperçu le premier; Je n'ostine pas.
   Tout ceci appartient à la vieille langue: «Et j'ose encore un coup m'ostiner en ce point». (GILLET DE LA TESSONNIÈRE, L'Art de régner [ou le Sage Gouverneur]); «Quand toy, plus dure qu'eux, d'un ostiné cou-
rage, / De peur de te fléchir t'en fuis de ma douleur». (BRANTÔME, Poésies); «... Dis-moi qu'elle espérance / Doit ostiner mon maître à la persévérance». (CORNEILLE, Le Menteur).
   Malherbe donne à ostiner un sens que je ne lui trouve pas en Acadie: «Qu'un amant flatté d'espérance / Ostine sa persévérance», c.-à-d. persévère obstinément.
   Ceci montre que le mot avait plus d'emplois dans l'ancienne langue qu'il n'en trouve à l'Académie aujourd'hui: «On rit des gens du peuple qui prononcent il m'ostine: c'est un enfant ostiné; ne m'ostinez pas. Ils parlent comme on parlait à la cour de Henri III». (GENIN, Variations de la langue française).
   Ampère professe une opinion particulière à lui sur l'origine de ce mot: «Quand, dit-il, nous entendons dire aux gens tu m'ostines, nous croyons qu'ils estropient le mot obstiner. Mais cet ostiner ne vient point d'obstiner, il vient du vieux substantif français astine, colère, d'où le verbe astiner».

   OSTINEUX. Qui ostine, qui s'entête dans une discussion.
   ÔTER. (Prononcé outer). S'emploie en Acadie dans le sens de desservir la table: Ôtez la table, tout le monde a fini de manger.
   L'Académie donne ôter le couvert, ôter la nappe, mais le mot n'a pas, comme ici, tout à fait la signification de desservir.
   Les anciens français employaient ce mot exactement dans le sens qu'il a ici: «Tantost corrent oster la table». (Dolopathos).
   On a beaucoup discuté — et la question n'est pas encore réglée — sur l'origine de ce mot. Le sens de desservir semblerait donner raison à Diez qui propose haustare, fréquentatif de haurire, comme radical.

   OU. La voyelle o se change en ou dans un grand nombre de mots du par-




Source : POIRIER, Pascal. Le Glossaire acadien, édition critique établie par Pierre M. Gérin, Moncton, Éditions d'Acadie; Moncton, Centre d'études acadiennes, 1993, 500 p.